De Gabrielle Russier à Brigitte Trogneux

Gabrielle Russier, professeur (1937-1969)

blog -Mourir d aimer-film Cayatte affiche.jpgA la suite d’une liaison amoureuse avec un de ses élèves, Christian Rossi, alors âgé de seize ans, elle est condamnée à un an de prison avec sursis pour enlèvement et détournement de mineur. Séparée de son mari, Gabrielle Russier, professeur de lettres, élève seule leurs deux enfants dans un logement des quartiers nord de Marseille. Elle a repris des études et passé son agrégation de lettres et de philosophie.

Au lycée Saint-Exupéry où elle enseigne, elle se lie à son élève Christian Rossi, jeune homme plus mûr que les autres et qu’elle retrouve dans les manifestations d’après-mai 68. L’amour naît entre eux, alors que Rossi est en fin de première année de lycée. Les parents de Christian, enseignants à l’université d’Aix-en-Provence, qui ne s’opposent pas à leur fréquentation au début, finissent par prendre peur. Pendant les grandes vacances, Rossi annonce à ses parents qu’il part en stop avec un copain de lycée en Italie et en Allemagne, mais Gabrielle Russier suit son jeune amant dans ces deux pays. A la rentrée des classes, les parents de Christian lui demandent de rompre, mais le jeune homme refuse et s’installe chez Gabrielle.

Le 15 octobre 1968, les parents saisissent le juge pour enfants. Ce dernier trouve un compromis : envoyer le jeune homme au Lycée d’Argelès, comme interne, à condition qu’elle puisse lui écrire et le voir à la Toussaint. Mais les lettres de Gabrielle sont interceptées, si bien que l’adolescent menace de se suicider. Alors qu’elle vient le chercher, les gendarmes arrêtent Gabrielle. Le 16 novembre, il fugue et est hébergé par un copain de lycée. Gabrielle le rejoint. Quinze jours plus tard, le père de Christian porte plainte pour détournement de mineur.

Le juge d’instruction inculpe Gabrielle Russier pour détournement de mineur et ordonne son incarcération à la prison des Baumettes, une première fois en décembre 1968. Christian intervient auprès du juge pour enfants si bien qu’elle est libérée cinq jours après. Christian est placé dans différents instituts, puis interné dans une clinique psychiatrique à la demande de ses parents où il subit une cure de sommeil avant de partir se reposer chez sa grand-mère. Les deux amants se revoient, si bien que, le 14 avril 1969, elle est à nouveau incarcérée, d’abord pendant quelques jours, puis pendant cinq semaines du 25 avril au 14 juin 1969 pour avoir refusé de révéler où se cache son amant.

Résultat de recherche d'images pour "cayatte Mourir d aimer"Le , Russier comparaît devant le tribunal correctionnel de Marseille siégeant à huis clos. Le procureur de la République requiert douze mois de prison ferme. Le même jour, elle est condamnée à douze mois de prison avec sursis, à 500 francs d’amende et un franc de dommages-intérêts pour les parents. En vertu du droit de grâce, le Président de la République Georges Pompidou, élu en , prépare une amnistie mais, pour parer à cette faveur, le Parquet fait appel a minima, sous la pression de l’Académie d’Aix, en la personne du recteur Paul Frank, qui rejette la candidature de Russier à un poste d’assistant de linguistique.

Devant comparaître en octobre devant la cour d’appel d’Aix-en-Provence, Gabrielle Russier vit cette situation comme un acharnement de l’institution. Elle écrit « J’ai tellement peur d’être marquée à jamais ». Tombant en dépression, elle est placée à la maison de repos, La Recouvrance, près de Tarbes. Son père engage un ténor du barreau, maître Naud, en vain. Après une nouvelle tentative de suicide en août, elle se suicide le 1er septembre en s’intoxiquant au gaz dans son appartement marseillais de la Résidence Nord. La presse reste silencieuse, seules deux brèves informent le lendemain du décès du professeur de français de Marseille amoureuse de son élève.

Ses obsèques sont célébrées par le pasteur et elle est enterrée au cimetière du Père-Lachaise à Paris.

Une pétition dénonçant « l’acharnement digne des moines de l’Inquisition » est signée par de nombreuses personnalités de tous horizons, dont les prix Nobel Jacques Monod, François Jacob, Alfred Kastler, le journaliste André Frossard et est adressée au garde des Sceaux. Quand Georges Pompidou, qui avait durant la campagne électorale promis aux Français « une nouvelle société », un « renouvellement », est interrogé sur l’affaire par un journaliste à RMC, le , il cite Paul Éluard et choisit les vers consacrés aux femmes tondues à la Libération : « Comprenne qui voudra, Moi, mon remords, ce fut la victime raisonnable au regard d’enfant perdu, celle qui ressemble aux morts qui sont morts pour être aimés ». Il quitte ensuite la salle où se tient la conférence de presseLes parents de Christian Rossi le font interner en asile psychiatrique. Une fois sorti, il est recueilli et caché par un pasteur.

Christian Rossi attend sa majorité pour donner, le , un unique entretien au Nouvel Observateur avant de disparaître :

« Les [deux ans] de souvenirs qu’elle m’a laissés, elle me les a laissés à moi; je n’ai pas à les raconter. Je les sens. Je les ai vécus, moi seul », raconte-t-il à l’hebdomadaire. « Le reste, les gens le savent : c’est une femme qui s’appelait Gabrielle Russier. On s’aimait, on l’a mise en prison, elle s’est tuée. C’est simple. »

Aujourd’hui, Christian Rossi, père de famille, vit très loin de cette affaire et s’est réconcilié avec ses parents qui ont regretté leur attitude.

En 1970, André Cayatte tourne Mourir d’aimer, avec Annie Girardot et Bruno Pradal. L’intrigue, dont Charles Aznavour s’était déjà inspiré pour sa célèbre chanson Mourir d’aimer, décrit la passion amoureuse née entre les barricades et les embrassades de mai 1968 ; il fait polémique mais c’est un grand succès, avec 5,9 millions d’entrées en salle.

Brigitte Trogneux, une prof à part, elle aussi.

Résultat de recherche d'images pour "cayatte Mourir d aimer"Elle n’est pas agrégée, mais ancienne professeure de lettres, également, et de théâtre. Brigitte Macron n’a pas laissé ses anciens élèves indifférents. Dans le documentaire Brigitte Macron, un roman français, que France 3 diffuse mercredi 13 juin à 20h55, d’anciens lycéens dévoilent des facettes peu connues de la personnalité de la première dame.

« Il y a deux types de profs, les profs qui ont la vocation et ceux qui font ça pour un gagne-pain. Là, c’était vraiment une prof qui appartenait à la première catégorie », explique Jeoffrey, ancien élève du lycée La Providence, à Amiens, où vit la famille aisée de l’enseignante. « Je pense qu’elle était vraiment passionnée », confirme Alix, qui a étudié à Saint-Louis de Gonzague, un lycée de jésuites, très prisé des riches familles de l’Ouest parisien, le dernier établissement où Brigitte Macron a enseigné. « Elle arrivait à créer au sein de la classe une espèce de symbiose; tout se passait vraiment très, très bien », se remémore Sandra, ancienne élève du lycée Lucie-Berger de Strasbourg. 

Il est convenu de dire qu' »elle était extrêmement appréciée »…

Image associéePassionnée par son métier, Brigitte Trogneux « était extrêmement appréciée », assure Armelle, ancienne élève à La Providence, ensemble scolaire catholique sous contrat. Armelle ajoute qu’elle n’a « pas été étonnée une seconde », lorsque la relation entre sa professeure et Emmanuel Macron, alors âgé de 16 ans, a commencé à être connue. « Emmanuel avait une posture déjà différente de la nôtre, plus adulte (…) et je pense que là, on a affaire à deux esprits et deux amoureux des lettres qui se sont rencontrés », estime Armelle, rétrospectivement.

Résultat de recherche d'images pour "Mourir d'aimer Dayan"Ce documentaire explique par ailleurs comment est née la relation entre cette femme mariée, mère de trois enfants et issue d’une famille bourgeoise, et l’ado qui allait devenir président de la République. Naissance d’un mythe, destiné à faire taire la rumeur d’une sexualité ambigue entre un ado et une femme mûre, de 24 ans son aînée. Il retrace, de son enfance à Amiens à son arrivée à Paris, le parcours atypique d’une professeure de français devenue femme de ministre, puis épouse de président.

‘Mourir d’aimer’, le téléfilm de Josée Dayan diffusé sur France 2 en 2009, avec Muriel Robin et Sándor Funtek, est vivement critiqué par le pasteur qui a accompagné le couple originel. Il considère que son message dénature l’histoire d’amour entre une professeur et son élève. <br>L’homosexualité notoire de l’actrice tenant le rôle principal n’est pas faite pour faire taire la rumeur persistante de l’homosexualité présumée du président, à moins qu’il s’agisse de bisexualité. <br>Lors de sa diffusion, le téléfilm n’a obtenu que le deuxième score de la soirée.

Le secrétaire d’Etat Mounir Mahjoubi évoque son homosexualité sur Twitter

Si cela peut aider à lutter contre l’homophobie, je le fais »

« [L’homophobie] hante les esprits des homosexuels, et nous oblige parfois, souvent, à nous adapter et mentir pour éviter la haine, pour vivre. »

blog -Mahjoubi Mounir-Pacsé
Mounir Mahjoubi (à gauche), lors de son Pacs avec son mari

Dans un message publié tard jeudi 17 mai  sur Twitter à l’occasion de la journée internationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie, le secrétaire d’Etat chargé du Numérique, Mounir Mahjoubi, a publié un message contenant le pronom « nous » pour désigner les personnes homosexuelles. 

Depuis, de nombreux internautes félicitent le membre du gouvernement pour ce qu’ils interprètent comme un « coming-out ». L’association SOS Homophobie a ainsi salué une « déclaration courageuse et forte » de la part de Mounir Mahjoubi. En vérité, le secrétaire d’Etat n’a pas vraiment rendu publique son homosexualité : il n’a fait que réactiver l’annonce. Prosélytisme ?

Franceinfo : Votre message publié sur Twitter hier soir était-il un coming-out ?

Mounir Mahjoubi : Ce qui était important, c’était de parler du sujet : hier, c’était la journée de lutte contre l’homophobie. Il fallait rappeler les conséquences de l’homophobie dans le quotidien, notamment des plus jeunes. Et elle a aussi eu des conséquences pour moi.
Lien PaSiDupes de mars 2018 : « Projet de loi, ingérence sexiste de Macron dans les vies sexuelles des Français. Un projet de loi encadrant les relations sexuées présenté par la féministe Schiappa« 

Nous sommes en 2018, je vis ma vie, même publique, de manière tranquille. Mais si, ce jour-là, je pouvais passer le message en le renforçant par mon expérience personnelle, je pense qu’il fallait le faire.

Vous attendiez-vous à recevoir tous ces messages de félicitations et d’encouragement après votre tweet ?

Je suis depuis ce matin en déplacement officiel dans la Creuse, donc je n’ai pas trop suivi les réactions ! (Gloussement) Je le vis assez sereinement, je n’en ai jamais fait un sujet, mais si cela peut aider à lutter contre l’homophobie, je le fais. Mais je ne pensais pas que cela intéresserait autant ! [Alors, pourquoi le faire ?]

Vous aviez publié un selfie avec votre compagnon sur votre compte Instagram, qui est public, en 2015. Vous n’aviez à l’époque pas la même notoriété qu’aujourd’hui : comprenez-vous que votre tweet soit interprété comme une prise de position politique ?

Je vous invite à lire le message qu’a publié le président de la République à ce sujet : c’est aussi une prise de position politique très forte sur la lutte contre l’homophobie. Le message du ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, était également très émouvant, et les actions sur le sujet de Marlène Schiappa et de Laura Flessel sont également très fortes.
Lien PaSiDupes : « Quand un ‘Black’ se prit d’affection pour Macron 1er en son château. Moment d’embarras à la Cour »

La lutte contre toute les haines, et particulièrement l’homophobie, est une conviction partagée par tous les membres du gouvernement.

Estimez-vous qu’il est important pour les personnalités politiques de rendre publique leur homosexualité ?

Je pense qu’il est important d’offrir de la visibilité aux personnes homosexuelles, mais je pense également que chacun doit faire cette démarche lorsqu’il est prêt à la faire. Chacun a son histoire, sa culture, sa famille… Nous n’avons pas à imposer à la transparence à qui que ce soit. Chacun gère sa vie comme il le souhaite.

Vous côtoyez au gouvernement des personnalités qui avaient pris position contre le mariage pour tous, comme Jacqueline Gourault, Baptiste Lemoyne et Gérald Darmanin. Avez-vous déjà évoqué ce sujet avec eux ?

Je leur ai parlé de celui que j’appelle mon mari [ils se sont pacsés en 2015], et qui est un homme formidable, dès la première fois où j’ai rencontré chacun d’entre eux. C’était important, car nous faisons partie d’un nouveau mouvement, et il fallait définir de nouvelles manière d’être ensemble. Mais je peux vous assurer que pour chacun, y compris sur des paroles qui à l’époque avaient pû être maladroites, il n’y a aucun sujet : leur engagement contre l’homophobie et leur soutien pour l’égalité est aujourd’hui total.