Clandestins : 52 réfugiés du navire ‘Lifeline’ (illégitime, voire dans l’illégalité) sont entrés en France

Un titre de réfugié leur sera délivré à bref délai, clame le patron de l’Ofpra.

FRANCE-EUROPE-MIGRATION-ASYLUMLe bateau allemand ‘Lifeline’ impose 52 clandestins à Macron et aux Français.
Les cinquante-deux réfugiés sont arrivés par avion jeudi matin à l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle, un peu après 9 heures. Parce que Lifeline a refusé de ramener les 233 migrants à bord de son navire de secours aux gardes-côtes libyens. Et d’autres pris en charge cette fois par l’Aquarius sont également attendus prochainement. 

Les passeurs avaient cristallisé les tensions européennes en instrumentalisant les clandestins, en collaboration avec les « négriers » qui abandonnent les Africains en pleine mer après leur avoir ponctionné leurs économies. Il est donc reproché  aux associations  de faciliter et entretenir le trafic des passeurs. Tous avaient été identifiés dès leur arrivée à Malte par l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra) comme relevant d’un besoin de protection au titre de l’asile, selon un communiqué.

La «Mission Lifeline Search and Rescue» a été créée à Dresde (Allemagne) à la fin de l’année 2015. Cette association allemande s’était réparti la tâche avec l’Allemand ‘SOS Méditerranée’. En effet, à l’origine, elle n’intervenait pas en relais des passeurs au large de la Libye, mais sur la «route des Balkans»,  suivie par les clandestins qui pénètrent en Europe depuis la Turquie et qui rejoignent notamment l’Allemagne via la péninsule balkanique. Les activistes de cette organisation en communion d’esprit avec les ‘No border’ prenait la suite des « négriers »  dans les «hotspots» grecs, ces centres d’enregistrement créés par l’Union européenne pour repérer et identifier les personnes en situation irrégulières susceptibles de bénéficier du droit d’asile.

Rapidement, «Lifeline Search and Rescue» a diversifié son activité, d’une part dans les camps à terre et, d’autre part, en mer, à compter d’avril 2016. Le bateau, qui porte le même nom que l’organisation, est devenu opérationnel en septembre 2017. Selon le cahier des charges, le Lifeline doit pouvoir naviguer en haute mer et avoir «assez de places pour des centaines de personnes» sur ses 32m, selon l’organisation, qui précise que «leur mission est seulement possible grâce aux généreuses contributions de personnes physiques et de communautés». Sur son site, Lifeline déclare avoir perçu 41.675 euros sur les 48.000 euros qu’elle espère. 

Il y a quelques jours, Matteo Salvini a parlé sur Facebook de la cargaison de «chair humaine» que transporte le Lifeline. Et d’ajouter: «Rejoindre l’Italie, ils peuvent oublier. Je veux en finir avec le business du trafic et la mafia ». Macron continue… «Nous vous invitons cordialement à vous convaincre que ce sont des êtres humains que nous sauvons de la noyade. Venez voir, vous êtes le bienvenu !», lui ont répliqué dimanche les activistes allemands. 

L’ambiguïté de Lifeline ne concerne pas seulement son action en mer, mais également son pays de rattachement. L’Italie estime en effet que, outre qu’il a été construit en 1968, le bateau bat « illégalement, illégitimement pavillon néerlandais », a indiqué le mouvement Cinq étoiles, l’un des deux mouvements au pouvoir à Rome, avec la Ligue. Or, la représentation des Pays-Bas auprès de l’Union européenne a confirmé dans un tweet que le Lifeline ne navigue pas sous pavillon néerlandais. Avec un autre navire d’une ONG allemande, le Seefuchs, «ils n’apparaissent pas dans les registres navals des Pays-Bas», a-t-elle écrit. Deux sites internet de référence – l’entreprise de crowdsourcing Marine Traffic et la base de données Equasis – estiment quant à eux que le Lifeline est bien néerlandais.  Sans doute savent-ils mieux que le pays concerné au premier chef. La première entreprise a fourni des données diverses sur la crise migratoire méditerranéenne, les mouvements suspects de pétroliers dans le territoire contrôlé par l’Etat islamique, les oligarques russes avec les officiels américains, les allégations de sanctions et les mouvements des investissements maritimes du membre du cabinet américain. La seconde regroupe des informations concernant la sécurité des navires, mais l’Allemagne n’est pas au nombre de ses 10 pays contributeurs.

«Il n’y a pas de mensonge», certifie le porte-parole de l’association, qui précise: «Il existe différents registres dans lesquels on peut enregistrer un navire. Aux Pays-Bas, le Lifeline est enregistré dans le registre des embarcations de plaisance [sic] et non dans celui des navires néerlandais. Par conséquent, il n’a pas le droit d’utiliser les Pays-Bas comme Etat du pavillon, mais le seul drapeau, ça va», explique-t-il, froidement. Me Perrine Gaston, avocate au cabinet d’avocats Raison et associés (Marseille) spécialisé en droit maritime, juge simplement «le pavillon néerlandais … tout à fait recommandable», à la différence de «pavillons dits de complaisance», comme celui «du Panama ou des îles Marshall», polémique-t-elle. «Le pavillon des Pays-Bas est très libéral, » admet-elle toutefois (…) C’est un pays de grande tradition maritime, et les exigences légales sont très limitées», lâche quant à lui un site spécialisé.

Cette opération montre « la solidarité très concrète de la France envers ses voisins européens en première ligne pour les arrivées par voie maritime »s’est expliqué le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, en estimant que la France a été « l’un des premiers pays à s’engager pour cet accueil. »

A la différence de Madrid qui a autorisé le navire Aquarius à accoster à Valence en Espagne, l’Italie a fait opposition à l’accès du Lifeline aux ports italiens et à l’UE. Au terme d’un périple qui a mis sur la place publique les divergences européennes sur l’accueil forcé de clandestins, la France avait proposé, avec le soutien de la solidarité européenne, d’accueillir une partie d’entre eux. Environ 80 illégaux de l’Aquarius sont attendues prochainement.

La France, entre deux eaux

Parmi les 52 arrivants se trouvent « 42 Soudanais et 3 Erythréens », ainsi que (en nombre indéterminé) des ressortissants de Somalie, du Tchad, du Cameroun, du Togo et de Côte d’Ivoire, a précisé Pascal Brice, le directeur général de l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides), établissement public administratif dont le directeur (depuis 2012) vient d’être reconduit par Macron. Venu les accueillir à Roissy, « Monsieur Pascal », comme l’appellent les migrants, était déjà sur l’île grecque de Lesbos en 2015 pour mesurer par lui-même le dispositif d’entrée en Union européenne des illégaux.  « C’est un vrai militant de l’asile », qui chuchotait à l’oreille des migrants, comme à celle de Bernard Cazeneuve ou de Manuel Valls, avec un objectif : redorer le lustre de l’asile en France. On notera que tous les pays d’origine des 52 ne sont pas des dictatures… Mieux, la France réunit sur son territoire des citoyens du Tchad ami et d’autres de la province soudanaise en guerre du Darfour… En 2013, le Tchad a envoyé des troupes au nord du Mali pour participer à l’opération Serval.

Les arrivants devraient gagner dans la journée des centres d’accueil, l’un à Toulouse et l’autre en Ile de France, « où ils vont rester de dix à quinze jours ». Ils seront ensuite orientés vers des centres d’accueil plus pérennes, mais non précisés, a indiqué Raphaël Sodini, directeur de l’asile à la Direction générale des étrangers en France, précisant a priori qu’ils obtiendront « très rapidement » le statut de réfugié.

Ils bénéficieront également « d’une formation linguistique et aux valeurs de la République dans le cadre du contrat d’intégration républicaine », sous la houlette de l’Office français d’immigration et d’intégration (Ofii,  placé sous la tutelle du ministère de l’Intérieur), selon le communiqué. L’OFII propose des aides au retour et des aides à la réinsertion dans le pays d’origine. 

Macron a cédé dans une annonce du mardi 26 juin

« Le président de la République a eu des mots très durs à l’encontre de l’ONG propriétaire du Lifeline puisqu’il a dit que le bateau n’a respecté aucune règle, qu’il avait coupé ses radars pour ne pas être visibles des garde-côtes libyens, » rappelle à Rome, le journaliste François Beaudonnet. C’est là le cœur du problème. Jusqu’à présent, les sauvetages en Méditerranée étaient coordonnés par un centre qui se trouve à Rome. Dorénavant, ils seront coordonnés par la Libye.« 

Les ONG s’insurgent contre les décisions de l’Union européenne. Bien qu’elles soient illégitimes, ces ONG associations supranationales ripostent aux Etats souverains et à Macron. Elles portent plusieurs accusations, selon le journaliste : « D’abord, les garde-côtes ont souvent fait preuve de violence au cours des sauvetages. Ensuite, les réfugiés sont ramenés vers la Libye et retournent vers l’enfer qu’ils ont quitté. C’est en tout cas la nouvelle politique européenne, celle qui sera appliquée. »

Armées: Hollande rétro-pédale sur la baisse des effectifs

Le gouvernement PS recrée des postes de militaires qu’il avait supprimés

En avril 2013, Hollande voulait faire disparaître 20.000 postes supplémentaires d’ici 2019

L’Armée, à la croisée des chemins

Le Livre blanc de la Défense remis à François Hollande prévoyait une baisse des effectifs de l’armée française de 5.000 postes par an entre 2016 et 2019. Les effectifs de l’ armée devaient ainsi diminuer de 20.000 personnels au total, rapportait le quotidien Les Echos.

Selon le quotidien, ce Livre blanc prévoyait en outre un budget de la Défense de 179,2 milliards d’euros hors pensions sur la période 2014-2019 couverte par la loi de programmation militaire suivante. Les Echos soulignait béatement que ce montant était à peu près conforme à la promesse faite le mois précédent (mars 2013) par François Hollande de geler les crédits militaires 2014 à leur niveau de 2013.

Mais cette enveloppe « cache en fait une baisse réelle des crédits budgétaires puisqu’elle va incorporer au moins 4,5 milliards de recettes exceptionnelles« , affirmait tranquillement le journal, sans se préoccuper de la provenance de ces « recettes exceptionnelles« .
Or, début juillet 2014, les deux commissions chargées de la défense, à l’Assemblée et au Sénat alertèrent sur le manque de 1,5 milliards d’euros de recettes exceptionnelles (REX) en 2015, alors qu’elles étaient prévues par le loi de programmation militaires (LPM) 2014-19.
Et la majeure partie de ces ressources devait provenir en 2015 et 2016 de la mise aux enchères de la bande de fréquences hertziennes des 700 MHz, qui devait être affectée à la téléphonie mobile des amis du pouvoir (Free et Numéricable). Mais il y eût encore un ‘mais, car les contrôles des députés et des sénateurs firent apparaître que les recettes de cession des fréquences de la bande des 700 MHz ne seraient pas disponibles avant, au mieux, la fin 2015. D’où un manque de 1,5 milliard d’euros pour financer l’exécution de la LPM en 2015, en particulier le programme d’équipement des forces armées.

Le Livre blanc cherchait une justification à ses estimations en rappelant que la baisse des effectifs de l’armée avait été amorcée par Nicolas Sarkozy, qui avait prévu la suppression de 54.000 postes sur la période 2008-2015.
Or, la politique extérieure de Sarkozy était au désengagement. En 2008, Sarkozy avait  assuré la protection de l’aéroport de N’Djamena lors de l’évacuation des ressortissants français au Tchad. En décembre 2008, des militaires français avaient apporté leur participation à l’opération européenne « Atalante » contre la piraterie au large des côtes de Somalie. Le 4 avril 2011,  des forces françaises (Licorne) à Abidjan (Côte d’Ivoire) se mobilisèrent en appui des forces de l’ONU (ONUCI) contre le président sortant Laurent Gbagbo, membre de l’Internationale socialiste, accusé d’utiliser des armes lourdes contre des populations civiles. En octobre 2011,  Sarkozy mit un terme à l’Opération « Harmattan » en Libye. En 2012, le coût des opération extérieures (OPEX) de la France s’étaient chiffrées à 870 millions d’euros, contre 1, 2 milliard en 2011. Le projet 2012 de la loi de finances pour 2013 prévoyait une dépense de 630 millions, avant l’intervention au Mali…


Les Echos ne précisent pas en revanche que Hollande a lancé trois interventions extérieures en deux ans: au Mali, l’opération « Serval » en janvier 2013, suivie de l’opération Barkhane, le 1er août 2014, en République centrafricaine, l’opération Sangaris, le 5 décembre 2013. Le 18 septembre 2014, le président Hollande engagea encore des troupes française en appui aérien aux autorités irakiennes pour « porter des coups à l’organisation terroriste« , Daesh.

Opération Centrafrique : le VBCI au service de la force Sangaris

Selon Europe 1, le détail des coupes dans le budget aux armées devait être le suivant :
– Armée de terre : 7.000 hommes en moins, soit l’équivalent d’une brigade de combat.
– Armée de l’air : grosse réduction d’effectif également comme pour l’armée de terre et 50 avions de moins, soit 20% de ses capacités
– Marine : peu de coupes, car détentrice de la dissuasion nucléaire.
– Forces spéciales : peu de coupes puisqu’elles ont montré leur intérêt sur les champs de bataille à l’étranger, comme récemment au Mali. Les forces stationnées en Afrique sont aussi épargnées.

A noter encore que ce Livre Blanc (décidément très flou) ne rentrait pas dans le détail précis des régiments supprimés. De crainte de déclencher la colère des municipalités et des commerçants frappés par ces pertes de revenus. C’était la Loi de programmation militaire (LPM) qui s’en chargerait.

Hollande veut maintenant freiner la baisse des effectifs qu’il avait lui-même décidée

Coup de tonnerre, le 14 janvier après-midi, sur le porte-avions « Charles-de-Gaulle » en partance pour le Golfe, puis l’océan Indien. Le chef de guerre socialiste y a présenté ses voeux aux forces armées, y annonçant sa décision de mettre un frein aux restructurations au sein de la Grande Muette, mais « à budget constant ». « La situation exceptionnelle que nous connaissons doit nous conduire à revenir sur le rythme des réductions d’effectifs qui avait été programmé dans la loi de programmation militaire sur les trois prochaines années. Ce rythme doit être revu et adapté« , a-t-il déclaré devant plusieurs centaines de marins.

France: projet de loi de finances rectificative 2013

Et Jean-Yves Le Drian, le ministre de la Défense, va avancer à marche forcée, assure-t-on, indépendamment de la capacité de ses conseillers à lui remettre des propositions substantielles d’ici à la fin de la semaine, dans l’optique d’un Conseil de défense planifié mercredi prochain. « Je prendrai aussitôt mes décisions », a lancé le chef de l’Etat, d’un ton martial.

Des armées en état de surchauffe et aux matériels obsolètes

Les militaires ont le moral au plus bas, voyant les régiments et les bases aériennes fermer les unes après les autres, d’autant que, dans le même temps, le pouvoir politique leur demande toujours plus, bien qu’ils aient dû subir des retards de paiements de soldes dûs aux bugs du logiciel de Louvois.

François Hollande a alourdi la facture des Armées de 24.500. Cette année, ce sont 7.500 postes qui devaient être supprimés, et à peu près autant les deux années suivantes.

Si François Hollande a décidé de battre en retraite sur les coupes sombres, c’est sous la pression des événements, les attentats terroristes de djihadistes de France qui ont endeuillé le pays. En moins de trois jours, 10.500 militaires ont été déployés pour participer au renforcement du plan Vigipirate. « Un rythme inédit », a-t-il salué, mais qui a exténué l’ensemble des forces laissées à disposition sur le sol national. Avec les 8.500 hommes ou femmes en opérations extérieures, le constat est sans appel : l’armée est au bord de l’implosion.

Dans une lettre adressée mardi, le député UMP de l’Aisne Xavier Bertrand a demandé à François Hollande de « surseoir » aux baisses d’effectifs. « Je suis convaincu qu’une telle décision serait largement approuvée et que vous pourriez compter sur le soutien de l’opposition dans un esprit d’unité nationale », a-t-il écrit dans le texte révélé par Le Figaro.

Reste le problème du financement

En décembre 2014, la France empruntait à des taux historiquement faibles, nous disait-on. Sur dix ans on avait  atteint le plancher de 0,845%, malgré une conjoncture économique toujours aussi morose et des perspectives d'amélioration plutôt faibles. Alors ?
En décembre 2014, la France empruntait à des taux historiquement faibles, nous disait-on. Sur dix ans on avait atteint le plancher de 0,845%, malgré une conjoncture économique toujours aussi morose et des perspectives d’amélioration plutôt faibles. Alors ?

Les contraintes budgétaires pèsent en effet très fortement sur les crédits militaires. Moins de suppressions de postes, ce sont évidemment des charges plus lourdes. François Hollande a réaffirmé hier que les 31,4 milliards d’euros prévus pour 2015 seraient au rendez-vous, mais il n’en a pas promis davantage et il manque 400 millions d’euros. Il va donc falloir serrer la ceinture des fonctionnaires et des vieux…

Le chef de l’Etat a aussi décrété que soit « mis en oeuvre cette année » le projet de location de matériels militaires, (via la création de sociétés de projet public-privé) destiné à pallier l’absence des 2,2 milliards de recettes exceptionnelles. Faute de quoi la trésorerie de l’armée va passer dans le rouge. Le Parlement va devoir actualiser la loi de programmation militaire pour 2015 de toute urgence. Les promesses de François Hollande font monter la pression sur les élus.

Crime contre l’humanité: les islamistes de Boko Haram frappent à nouveau le Cameroun

Boko Haram mène un raid au Cameroun et kidnappe 60 personnes

Boko Haram attaque à nouveau au Cameroun, étendant son emprise dans la région.
La secte islamiste nigériane a lancé un nouveau raid meurtrierdans la zone de Tourou, dans l’extrême-nord du pays, une semaine après avoir visé une base militaire à Kolofata.

Une soixantaine de personnes, dont des femmes ou des enfants, ont été enlevées, selon des policiers basés dans la région. Malgré l’absence de bilan sur d’éventuels décès, il s’agirait du plus important rapt perpétré dans cette région par les combattants de Boko Haram, dont les incursions dans ce secteur sont récurrentes depuis des mois. Un grand nombre d’habitants de la région est forcé à l’exode. De même que la plupart de policiers et gendarmes des localités proches de la frontière, ils ont fui à l’intérieur des terres.

Les méthodes de Boko Haram pour semer la terreur au Nigéria

En octobre 2014, on estimait que l’insurrection de Boko Haram et la répression militaire au Nigeria ont fait plus de 10.000 morts, depuis 2009.

<br>Attentats et enlèvements perpétrés par la secte islamiste se multiplient. En octobre dernier, des membres de la secte islamiste Boko Haram avaient déjà enlevé une trentaine d’adolescents dans l’Etat de Borno, au nord-est du Cameroun.
Il y a six mois, plus de 200 lycéennes subissaient le même sort au Nigéria et 119 d’entre elles restent toujours introuvables, malgré la mobilisation internationale autour de la campagne #Bring back our girls.

Depuis son apparition au début des années 2000 sous la forme d’une secte islamiste menée par Mohammed Yusuf, les méthodes du groupe ont évolué, signe d’un basculement de la rébellion au terrorisme.

Pendant que les djihadistes assassinaient dix-sept personnes en France, les islamistes de Boko Haram menaient dans le nord-est du Nigeria leur offensive la plus « destructrice » en six années d’insurrection, signale Amnesty international. L’ampleur de ce que le secrétaire d’état américain John Kerry a qualifié de « crime contre l’humanité » a été documentée par de saisissantes photos satellites fournies par des ONG. Quant au nombre exact de victimes, il reste toujours à déterminer.

Deux villes quasiment détruites
Les photos des villes de Baga et Doron Baga, prises à cinq jours d’écart – la veille de l’attaque et quatre jours après – montrent de nombreuses habitations et commerces rasés. Plus de 3700 bâtiments ont été endommagés ou détruits: 620 à Baga et 3100 à Doron Baga, selon Amnesty. Mais d’après Human Rights Watch (HRW), la ville de Doron Baga, qui se trouve à 2,5 km à la sortie de Baga et qui abritait la base d’une force armée régionale, la Multinational Joint Task Force (MJTF), a été la plus durement touchée. Au total, 16 localités auraient été attaquées et partiellement brûlées.

L’armée nigériane, qui a tendance à minimiser les bilans de victimes, a affirmé cette semaine que 150 personnes avaient été tuées, qualifiant de « sensationnalistes » les estimations évoquant 2000 morts.
Mais au fil des récits des survivants, de nouveaux détails émergent sur les atrocités. Un témoin cité par Amnesty International rapporte, sous couvert d’anonymat, qu’une femme enceinte aurait été abattue en plein accouchement, en même temps que plusieurs jeunes enfants. « La moitié du bébé (était) sortie et elle est morte dans cette position« , raconte le témoin. « Ils ont tué tellement de gens. J’ai peut-être vu 100 personnes tuées à un moment à Baga. J’ai couru dans la brousse. Alors que nous courions, ils mitraillaient et tuaient », décrit un quinquagénaire non identifié. Une autre femme confirme: « Il y avait des cadavres partout où je regardais« . Un homme échappé de Baga après être resté caché trois jours avait ainsi déclaré avoir « marché sur des cadavres« sur cinq kilomètres, dans sa fuite à travers la brousse.
Ces témoignages corroborent les propos de responsables locaux, selon qui le nombre de victimes est extrêmement élevé, ainsi que de témoins qui décrivaient des rues parsemées de cadavres en décomposition. Bien que ces témoignages soient croisés par la presse, ils sont anonymes et donc sujets à caution, mais il semble bien que la secte islamiste sème la terreur.

Le Tchad en renfort

20.000 réfugiés ont dû fuir la région, ont indiqué des responsables locaux. A lui seul, le Tchad voisin a accueilli 11.320 réfugiés nigérians en quelques jours, selon le Haut commissariat aux réfugiés des Nations Unies, tandis que Médecins sans frontières (MSF) a déclaré aider quelque 5000 survivants de l’attaque réfugiés à Maiduguri, la capitale de l’Etat de Borno, à quelque 200 kilomètres.
Des témoins ont aussi rapporté à Amnesty que 300 femmes avaient été enlevées. Détenues dans une école, les plus âgées, les mères et les enfants ont ensuite été libérées, mais les jeunes femmes seraient toujours captives. Les 200 lycéennes enlevées en avril dernier n’ayant toujours pas été retrouvées.

Depuis le début de son insurrection en 2009, Boko Haram a fait plus de 13.000 morts et 1,5 million de déplacés. L’attaque de Baga est survenue à un peu plus d’un mois des élections présidentielle et législatives prévues le 14 février.

L’armée tchadienne se déploie dans cette zone pour tenter de stopper les attaques et de reprendre Baga, la ville nigériane détenue par le groupe islamiste après une offensive macabre. Samedi, un convoi de 400 véhicules militaires tchadiens (chars, véhicules blindés, pick-ups…), accompagné d’hélicoptères de combat MI-24, a quitté N’Djamena pour pénétrer au Cameroun. Le président Idriss Deby Itno, qui a accompagné ses troupes jusqu’à la frontière, a souligné qu’elles devaient être « opérationnelles » dès dimanche. Ce contingent s’est installé à Maltam, située juste en face de N’Djamena, à l’ouest de Kousseri, et devrait bénéficier de travaux d’aménagement engagés par le génie militaire camerounais.

Baga abritait un temps le quartier général d’une force armée régionale regroupant des détachements nigérians, tchadiens et nigériens. Mais Tchadiens et Nigériens s’étaient retirés bien avant l’attaque, et les forces africaines de coalition sot en réalité peu actives. Le déploiement de l’armée tchadienne n’impressionne pas les terroristes de Boko Haram. « Tout soutien à nos opérations sera bienvenu mais il doit se conformer à nos propres opérations en cours étant donné qu’il s’agit du territoire nigérian », a déclaré Chris Olukolade, porte-parole de l’armée nigériane.