Front républicain: NKM et Juppé doivent-ils rendre leur carte UMP ?

Quand l’histoire se répète, Juppé se retrouve en porte-à-faux et se met en péril

Vers un procédure de mise en congé contre Juppé. Et NKM ?

Juin 1990: cantonale partielle de Villeurbanne, pomme de discorde entre Juppé et Carignon
Quand Alain Carignon proposa un Front Républicain anti-Front National et appela à voter pour la candidate socialiste au 2ème tour des cantonales partielles de Villeurbanne, le RPR décida de le sanctionner.
En 1983, Carignon avait pourtant remporté la mairie de Grenoble, bastion socialiste de longue date.

Le secrétaire RPR refusa de faire la courte échelle au PS

Il rejeta le « front républicain » et sanctionna Alain Carignon. C’était… Alain Juppé.
VOIR et ENTENDRE la déclaration de celui qui adopte aujourd’hui la position d’Alain Carignon hier, mis en congé du RPR en 1990.

Alain Carignon, maire de Grenoble, en appelait à l’esprit gaulliste et à l’esprit républicain. En 1990, Alain Juppé contestait la position de François Fillon sur la stratégie à adopter face au FN aux municipales et rappellait que son parti avait une ligne claire sur le sujet :

« Nous avons fixé une ligne que j’approuve : aucune forme d’alliance ou d’accord avec le Front national, pas de soutien au PS dont la politique économique et sociale mène notre pays au déclin, donc pas de front républicain qui puisse donner prétexte au FN de mettre l’UMP et le PS dans le même sac. En cas de duel électoral FN-PS, hypothèse rarement vérifiée jusqu’à ce jour, je n’hésiterai pas, pour ma part : vote blanc. »

Alain Juppé s’était justifié ainsi :

« Nous avons depuis des mois et des mois une ligne tout à fait claire. Nous voulons nous battre sous nos couleurs, nous n’avons rien de commun avec le Front National et nous n’avons pas du tout l’intention de faire la courte échelle au Parti Socialiste […] Alain Carignon a pris une position différente, j’en ai tiré les conséquences, il s’est mis lui-même en dehors du RPR. »

Version 2015 du « front républicain » de Juppé

Qui a changé, de Front national ou de Juppé ?

L’ancien président de l’UMP a appelé sur son blog à faire barrage au FN pour le second tour de l’élection législative, dans le Doubs. Une position aux airs de volte-face: l’ancien RPR était jusqu’ici opposé au front républicain.

Que signifie ce changement de stratégie vis-à-vis du Front national? Jusqu’ici plutôt hostile au réflexe d’un vote socialiste en cas de duel PS/FN au second tour, Alain Juppé se ravise et choisit de «faire barrage au FN». Et le maire de Bordeaux est formel: «Si j’étais électeur de la 4ème circonscription du Doubs, je sais ce qu’en mon âme et conscience je ferais: pour barrer la route à une candidate FN qui croit, entre autres choses, en l’évidente inégalité des races’, je ne m’abstiendrais pas, je voterais pour le candidat qui l’affronte, c’est-à-dire le candidat PS», a-t-il écrit sur son blog, dans un post publié tard lundi soir.

Mais le candidat déclaré à la primaire de la droite et du centre nuance son propos. «Ce n’est pas pour autant que je vais m’engager dans un Front Républicain qui scellerait une alliance avec le PS»,prend-il soin de préciser. Et pour cause: au cours des 25 dernières années, l’ancien président de l’UMP avait pour habitude de critiquer le principe de front républicain, déclarant même dans certains contextes préférer voter blanc, après avoir exclu un membre du RPR qui vote PS contre le FN en 1990.Le Alain Juppé de 1990, alors numéro 2 du RPR, était donc bien sur une toute autre ligne.

2013: Juppé préfère le vote blanc
En juin 2013, le maire de Bordeaux avait indiqué sur RMC/BFMTV qu’il n’était «pas sûr» que la stratégie du front républicain pour faire barrage au FN soit une «bonne idée». Il invitait alors à la prudence sur l’utilisation de la formule. «Je me demande même si ça n’alimente pas, d’une certaine manière, la propagande du Front national qui veut mettre l’UMP et le PS dans le même sac», disait-il à l’époque. Sa seule préoccupation était celle de l’alliance. «Nous avons une incompatibilité de valeurs, mais aussi de programmes avec le Front national», soulignait-il.
Trois mois après ces déclarations, Alain Juppé concrétisait sur son blog. «En cas de duel électoral FN/PS, hypothèse rarement vérifiée jusqu’à ce jour, je n’hésiterai pas, pour ma part: vote blanc», avait-il exprimé sur son blog, en septembre 2013, après les propos polémiques de François Fillon qui envisageait de voter pour «le candidat le moins sectaire».
Municipales 2014: le «piège» du front républicainDernier exemple en date et le plus récent: à la veille du premier tour des municipales, en mars 2014, l’élu reniait une fois de plus la posture du front républicain. «Le front républicain est le piège tendu à la droite. Ne nous laissons pas piéger», avait-il déclaré au Parisien. Des propos éloignés de l’esprit de son billet de blog du 2 février 2015, seulement onze mois après.

En faisant le choix du PS dans le Doubs, Alain Juppé se place en marge de la ligne majoritaire au sein de l’UMP, celle du «ni-ni».

Seuls les parlementaires Nathalie Kosciusko-Morizet, son soutien Edouard Philippe, Dominique Bussereau et Jean-Pierre Grand préfèrent le vote PS au vote blanc ou à l’absence de consigne claire.

Voici donc deux ténors politiques qui devraient logiquement remettre bientôt leur carte UMP…

Pour mémoire, le secrétaire général de l’UMP et numéro-3 du parti, Laurent Wauquiez n’envisage pas de voter pour le Parti socialiste, précisant qu’à titre personnel, il « voterait blanc ».
Ancien ministre durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, Thierry Mariani s’est également prononcé en défaveur de la stratégie du Front républicain. Henri Guaino exprime la même défiance. Invité sur France Inter, le député des Yvelines a estimé que l’idée d’un Front républicain est« une folie parce qu’il exprime le mépris des électeurs en leur donnant une consigne de vote ».
Le député de l’Eure, candidat à la présidence de l’UMP en 2014,Bruno Le Maire, a fait savoir qu’il rejette l’idée d’un front républicain. Il s’agit d’une « solution de facilité », a-t-il souligné ce lundi matin au micro de France Info. 

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Législative dans le Doubs : Juppé oeuvre-t-il à la défaite UMP aux départementales ?

Alain Juppé a-t-il renoncé ?

Le président de l’UMP a réaffirmé sa position pour le second tour de la législative partielle dans le Doubs.

A l’UMP, le Doubs est pour Juppé
un moteur de campagne pour lui-même

Mardi matin et devant les seuls députés UMP, sans micros et caméras, Nicolas Sarkozy a insisté pour opposer un « non au FN », tout en proposant de « laisser les électeurs choisir ». Il a aussi déploré qu’Alain Juppé n’ait pas donné l’exemple de la discipline mais ait tenté de peser sur sa décision en n’attendant pas la réunion du bureau national de mardi soir.

Alain Juppé a en effet joué individuel dès lundi soir en indiquant sur son blog que s’il était électeur du Doubs, il voterait pour le candidat socialiste au second tour afin de « faire barrage » au Front national.
La réunification de l’UMP est une tâche rendue lourde par les caciques.
Nicolas Sarkozy a ainsi pu faire un nouveau constat des tensions entre ses troupes après l’élimination, dimanche, du candidat UMP au premier tour de la législative partielle dans le Doubs.

Front républicain ou stratégie du « ni PS-ni FN » ?
Le patron élu de l’UMP a préféré suspendre le débat lors d’une réunion avec les députés du parti, mardi matin à l’Assemblée nationale. « Une victoire du FN au plan national n’est plus hypothétique », a-t-il fait valoir.

Mardi devant le groupe UMP à l’Assemblée, Nicolas Sarkozy a ensuite proposé de « laisser les électeurs choisir » au second tour de la législative partielle, ont fuité des participants anonymes. « Nous ne donnons pas de consignes de vote » aux électeurs du Doubs, « mais nous leur demandons de prendre en compte cette dimension » de risque, aurait-il dit.

« Juppé aurait dû attendre et pas diviser »

Un parti politique qui ne prend pas de position, ce n’est pas bon signe. »

blog -Juppe-contrit«  Nous devons adopter une position claire sous peine de cumuler tous les inconvénients », a-t-il souligné avant de préciser : « Mais ce n’est pas la peine de se précipiter (…) nous ne sommes que mardi matin. »

Un reproche adressé à Alain Juppé, lequel a indiqué qu’il voterait PS s’il était électeur du Doubs, sans attendre le bureau national de l’UMP, mardi soir. Il a d’ailleurs confié quelques minutes plus tard : « Alain Juppé aurait dû attendre et pas diviser. »

Juppé la joue personnel
Juppé la joue personnel

Le maire de Bordeaux a en fait joué une carte régionale personnelle, avec en tête son alliance avec le centriste Bayrou et dans le contexte de la domination socialiste en Aquitaine.

Le président de l’UMP a suggéré qu’on puisse « combiner quelque chose qui nous rassemblerait », en disant d’une part qu' »on ne peut pas accepter de complaisance avec le FN » et que « l’élection d’un député FN ne serait pas une bonne chose », d’autre part que « nous laissons la liberté choix des électeurs » du Doubs. « Avec cela, nous barrons la route au FN qui souhaite notre mort », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il n’y a « pas de consigne non plus pour le PS« .

Sur Twitter, le patron coopté du PS, Jean-Christophe Cambadélis, a laissé éclater sa déception:

Législative partielle dans le Doubs: le PS refait le coup d’un « front républicain »

Le PS sera-t-il sanctionné pour son manque de respect pour les électeurs d’opposition ?

Cambadélis discrimine les électeurs du FN : des sous-citoyens ?

Chard, alias Françoise Pichard, dessinatrice (Rivarol)

Pour faire barrage au FN, le Premier secrétaire coopté du Parti socialiste a lancé un appel solennel à un « front républicain » dans le Doubs. Le candidat socialiste Frédéric Barbier est arrivé deuxième derrière la candidate du Front national, Sophie Montel, arrivée en tête de l’élection législative partielle dans la 4e circonscription du Doubs.

« Aujourd’hui il faut battre le Front national,
or, ce n’est pas fait;
je crois qu’il faut la mobilisation de tous, de tous les partis républicains. »

Quand le socialiste est seul face au FN, faut-il systématiquement que les autres candidats se liguent, tous contre un(e), au second tour, comme dimanche prochain, 8 février? Est-ce l’esprit républicain de la démocratie ?

La notion de « Front républicain » est due à Jean-Jacques Servan-Schreiber, lorsque la Parti socialiste (SFIO) voulait une coalition électorale de centre gauche pour l’occasion, des élections législatives, celles de janvier 1956 afin de contrer le mouvement poujadiste… Ce Front républicain-là visait à trouver une solution négociée à la guerre d’Algérie.
blog -respect plus puissant que la violenceL’expression fut reprise entre les deux tours de la présidentielle de 2002 pour constituer une coalition des partis de gouvernement contre le Front national. Cette position se révéla efficace, puisque Jean-Marie Le Pen eut le même pourcentage de voix aux deux tours, 17%, tandis que Jacques Chirac l’emportait avec 82% des voix.

Faut-il toujours qu’à chacune de ses difficultés électorales, la droite et le centre tombent dans le piège de ce subterfuge socialiste ?  L’UMP ne doit pas se laisser envahir par la déception. En effet, en juin 2012, elle était déjà troisième, les socialistes ont perdu entre-temps 12 points, et en Corse du Sud, un proche de N. Sarkozy vient de  brillamment remporter la municipale d’Ajaccio.
L’UMP n’a pas encore pris sa décision sur la consigne de vote, et se réunira en bureau national mardi 3 février avant de rendre sa décision publique.

Egalement grave, l’exclusion du parti distingué par le plus grand nombre d’électeurs

Les électeurs du FN sont-ils des Rom?

En mai 2014 à quatre jours des élections européennes dans le Doubs, Jean-Christophe Cambadélis avait lancé : « je ne pense pas que le Front National sera en tête dimanche. En tout cas je ne le souhaite pas« , en estimant de surcroît que « dans cette élection, le vote FN est un vote inutile« . Or, tandis que du côté de la majorité socialiste, la déroute fut cinglante, ce fut bien une vague Front national qui submergea la France à l’occasion de ces élections européennes: les listes PS-PRG recueillirent 13,97% des voix et les chefs de file du Front National, Florian Philippot dans le Grand Est et Jean-Marie Le Pen dans le Sud-Est, se classèrent eux aussi nettement en tête.

IAM, « sectaires et intolérants », selon le maire d’Orange.
Et le Parti socialiste ?

La gauche elle-même reproche au PS son hégémonisme. Mais, s’agissant des électeurs du FN, des citoyens respectables, le premier secrétaire est offensant. L’ostracisme que Cambadélis recommande contre ces Français est une atteinte à la démocratie. L’ancien trotskiste fait resurgir son ADN communiste révolutionnaire. Les électeurs de la gauche marxisante sont-ils plus respectables que la droite nationaliste? Entre les soupçons de totalitarisme pesant sur les uns et de nazisme sur les autres, la différence est mince, d’un camp de concentration l’autre, à l’Est ou à l’Ouest. Cambadélis sélectionne les Français: ceux qui se dirigeront à gauche seraient sauvés, ceux qui s’orienteront à droite seraient acheminés vers les camps ? Propos indignes du numéro un socialiste.

Il appartient à l’UMP de se démarquer du discours de haine du PS

Le président de l’UMP est confronté à un double défi : préserver l’unité de son parti face au FN et rétablir son image de rempart anti-Le Pen, écornée par ce premier tour. Nicolas Sarkozy est face à plusieurs solutions, dont aucune n’est totalement satisfaisante pour lui : appeler à contrer le parti de Marine le Pen, quitte à renforcer le spectre de « l’UMPS » qu’elle brandit sans relâche, ou bien poursuivre dans le « ni-ni » en s’attirant de nouvelles accusations de coup de canif dans l’union nationale du 11 janvier, ou apparaître comme celui qui regarde passer les balles en refusant toute consigne de vote.

Des ténors du principal parti de droite ont déjà fait connaître leur préférence.

Gérald Darmanin, qui fut porte-parole de la campagne interne de Nicolas Sarkozy, résume ce qui devrait emporter une majorité de l’UMP, mardi: «je ne choisis pas entre le FN et le PS». Entre «le FN et le parti qui fait monter le FN», ironise l’ex-ministre Luc Chatel.

Alors que le bureau politique de l’UMP se réunit mardi pour arrêter sa position, dès lundi, la numéro deux du parti, Nathalie Kosciusko-Morizet, a réaffirmé qu’elle campe sur ses positions : faire barrage au FN. Celle qui revendique sa «liberté de parole», voterait PS, à «titre personnel», si elle était concernée.

Pas de consigne de vote  ?  Ils ne sont pas très nombreux sur cette ligne, hormis Dominique Bussereau, proche de l’ancien chef de gouvernement Jean-Pierre Raffarin.

A l’opposé de NKM, le numéro trois du parti Laurent Wauquiez refuse lui aussi d’appeler à voter PS et, à titre personnel, voterait « blanc », a-t-il précisé.
« Chacun peut avoir une position personnelle, l’UMP n’est pas un parti caporaliste. Il y aura une position collégiale, pas forcément unanime », a résumé le porte-parole du parti Sébastien Huyghe.