Macron fait la leçon à Merkel pour réformer l’Europe

Après Trump, Macron va-t-il insupporter Merkel un peu plus ?

Concertation au sommet entre sexagénaires 

« N’attendons pas. Agissons maintenant! »: Emmanuel Macron a tenté jeudi d’en imposer à la chancelière Angela Merkel pour qu’elle accepte des réformes ambitieuses en Europe et mette en veilleuse le « fétichisme » de son pays sur les excédents budgétaires.

Le président et la chancelière sont engagés depuis des semaines dans des tractations compliquées pour tenter de se mettre d’accord sur une série de projets de refondation de l’Europe post-Brexit, en vue d’un sommet des dirigeants européens fin juin.

Les discussions achoppent notamment sur les propositions françaises visant à doter la zone euro d’une budget d’investissement pour doper la croissance.

Et, profitant de la remise d’une récompense pour son engagement pro-européen, le Prix Charlemagne, décerné depuis 1950 par la ville d’Aix-la-Chapelle, sur les terres mêmes d’Angela Merkel en Allemagne, Emmanuel Macron n’a pas hésité à manifester son impatience grandissante.

« Ne soyons pas faibles et choisissons »

Les exhortations du nouveau venu sur la scène politique européenne ont le don d’agacer. Mais, dans un discours émaillé de formules volontaristes, il a encore essayé de se mettre en avant,  à Aix-la-Chapelle, seulement  un an après sa prise de fonction.

« Je crois à un budget européen beaucoup plus ambitieux (…) Je crois à une zone euro plus intégrée, avec un budget propre« , a insisté le chef de l’Etat français, malgré les fortes réserves du gouvernement allemand. Berlin craint par ce biais de devoir payer pour les pays du Sud de l’Europe à ses yeux trop dépensiers.

Les propos durs du chef de l’Etat français trahissent son inquiétude de la spirale de l’échec.

Elu sur un credo résolument pro-européen, mais une Europe différente, il a fait de ce dossier une grande priorité, s’en est pris à la timidité de l’Allemagne pour les dépenses et l’investissement.

« En Allemagne, il ne peut y avoir un fétichisme perpétuel pour les excédents budgétaires et commerciaux, car ils sont faits aux dépens des autres« , a-t-il lancé lors de la cérémonie à laquelle assistait Angela Merkel.

Le nouveau gouvernement allemand vient de confirmer le cap budgétaire très orthodoxe du pays: il n’y aura pas de déficit budgétaire pour les années à venir.

L’avenir de la zone euro est controversé avec la France, a reconnu la chancelière.

5ce99ebb54e4acd3095d5b83df2995d5c57e14f2« Oui, nous avons des discussions difficiles », a-t-elle glissé dans son éloge pour le prix (en chocolat) accordé à Emmanuel Macron, seul nouveau venu dans le paysage européen. « Nous avons des cultures politiques et des manières d’approcher les sujets européens différentes », a-t-elle diplomatiquement commenté, tout en se disant évidemment favorable à rendre la zone euro « plus résistante face aux crises« .

Les deux dirigeants se sont en revanche retrouvés sur les autres réformes en Europe, dans les domaines de la défense ou de la politique étrangère notamment, face aux chamboulements impliqués par l’isolationnisme croissant des Etats-Unis. « Le temps où l’on pouvait compter tout simplement sur les Etats-Unis pour nous protéger est révolu », a observé A. Merkel, et en conséquence « l’Europe doit prendre son destin elle-même en main« .

Emmanuel Macron lui a fait écho en plaidant pour « faire de l’Europe une puissance géopolitique » et « diplomatique », et en critiquant implicitement la volonté des Etats-Unis de vouloir dicter leur conduite aux Européens, comme sur le nucléaire iranien.<br> »Si nous acceptons que d’autres grandes puissances, y compris alliées, y compris amies dans les heures les plus dures de notre histoire, se mettent en situation de décider pour nous notre diplomatie, notre sécurité, parfois en nous faisant courir les pire risques, alors nous ne sommes plus souverains« , a-t-il affirmé.

Suite à l’annonce du retrait de son pays de l’accord sur le nucléaire iranien, le président américain Donald Trump a menacé de sanctions les entreprises européennes qui continueraient de faire des affaires avec Téhéran.

Les pays européens, au contraire, entendent maintenir l’accord, qui prévoit la levée de sanctions en échange d’un contrôle du programme nucléaire iranien, et ils demandent aux Etats-Unis de ne pas les en empêcher.

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Le journal Libération ne les a pas vus ?

A Aix-la-Chapelle, plusieurs dizaines de militants écologistes l’ont accueilli. Ils ont déployé une banderole appelant à « construire une Europe sans nucléaire« .

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