L’hebdomadaire ‘Vraiment’ renonce, moins de deux mois après son lancement

L’hebdomadaire « Vraiment » n’aura pas vécu deux mois

blog -Vraiment hebdo qui prend le temps-mai2018
Alors que le premier numéro, sorti le 21 mars, s’était écoulé à 18.000 exemplaires, « la tendance des ventes et les ressources disponibles ne permettent malheureusement pas d’envisager d’atteindre à 18 mois l’équilibre des 40.000 exemplaires vendus », a annoncé le magazine dans un communiqué.

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« Vraiment », nouvel hebdomadaire papier lancé en mars par deux anciens conseillers d’Emmanuel Macron à Bercy et un journaliste du service public (France Info), Jules Lavie, 40 ans, a annoncé mercredi 9 mai qu’il met fin à ses prétentions de décryptage et d' »influençage » de l’opinion, ses articles n’ayant pas atteint le niveau espéré.

Alors que le premier numéro, sorti le mercredi 21 mars, s’était écoulé à 18.000 exemplaires, le magazine annonce que son huitième numéro, en kiosques ce mercredi, « est le dernier à paraître » mais précise que son équipe travaille à « une réorientation du projet d’ici l’été 2018 », sans plus de précisions à ce stade.« 

« Malgré les bons retours de nos [trop rares] lecteurs sur la qualité du magazine », assure cette équipe soutenue par la ‘Revue XXI’ (une revue française de journalisme de …récit, créée en janvier 2008 et appartenant en partage à Laurent Beccaria et Patrick de Saint-Exupéry, ainsi qu’à la société ‘Rollin Publications’, dirigée par le socialiste Thierry Mandon, ancien secrétaire d’Etat de François Hollande, « le format d’un hebdomadaire imprimé n’a pas rencontré son public. » Dès lors, notre responsabilité est d’acter l’impossibilité de mener à bien notre projet sous sa forme actuelle et de préparer une nouvelle formule« , a expliqué le cofondateur-président de Polaris News – une start-up de presse qui n’a pas fait long feu (créée en …mai 2017) –  située dans le 18e de Paris (à l’adresse de plusieurs sociétés de fonds de placement et entités financières)Julien Manuel Mendez, 38 ans, l’éditeur de ‘Vraiment’, directeur de la publication du magazine (mandataire de 10 autres sociétés) et  …liquidateur, notamment de LACATI (activités des marchands de biens immobiliers à La Seyne-sur-Mer, Var).

Une étude de marché élémentaire aurait éclairé nos sémillants start-uppers.

Ces « décrypteurs » et « analystes » distingués de la politique ne sont pas plus au faîte du milieu de la presse qui est pourtant le leur : témoins du bouillonnement actuel  des media français – avec l’apparition de Le Média (LFI) en janvierEbdoAOC à gauche, Putsch ou 8e étageL’Incorrect ou le projet de la revue Recomposition à droite, le professionnel de la presse, Jules Lavie, un quadra (comme Macron !) s’est pourtant planté en croyant surfer sur cette vague.

Formé à l’IUT de Tours (1996-1998) où son mémoire de maîtrise porte sur L’expérience des Dernières Nouvelles d’Alsace , le biarrot Jules Lavie a commencé à RFO Saint-Pierre et Miquelon (1998-99), puis est passé à Tanger, avant de passer par quinze antennes régionales de Radio France entre 2000 et 2002 et de rejoindre France Inter pendant six mois, de mai à octobre 2002, puis  reporter à France Info jusqu’en 2010. Il est au service politique pendant la campagne présidentielle de 2007. Ensuite il est présentateur sur France Info et, à partir de la rentrée 2014, il présente la matinale week-end (6-10h) de France Info. C’est donc un pur produit du service public radiophonique.

Quarante ans, l’âge où on pense pouvoir faire du neuf.

« J’avais envie de proposer aujourd’hui autre chose. Vraiment veut se libérer de l’actualité chaude pour aller chercher des sujets et les creuser en profondeur, chaque semaine, et proposer des sujets qui sont peu traités ailleurs, sortir des sentiers battus, et aller enquêter », expliqua Jules Lavie. Avec pour credo « Plus de faits, moins d’opinion ». Et comme objectif de «faire un journal séduisant qui devienne l’hebdo de coeur des nouvelles générations« .

Et un autre credo, un soupçon nostalgique et conservateur : le refus de croire à la mort du papier. « Quand tout le monde dit ‘le papier est mort’, c’est faux, c’est une idée reçue », asséna l’innovateur (suivez mon regard) sur Europe 1, radio d’ailleurs elle-même en pleine restructuration, faute de résultats.

Jules Lavie communique moins sur le fait que les deux autres membres fondateurs sont d’anciens conseillers ministériels d’Emmanuel Macron et de Michel Sapin au ministère de l’Economie : Julie Morel, 36 ans,  ex-conseillère en charge de l’attractivité, des territoires et des services d’Emmanuel Macron, et Julien Mendez, 39 ans, ex-conseiller  à Bercy en charge des participations publiques (issu de l’Agence des participations de l’Etat, ce docteur en sciences économiques, a notamment travaillé comme adjoint au chef du bureau des marchés et produits d’assurance à la direction générale du Trésor de 2011 à 2013.  Valérie Brioux, ex-chef du service des informations générales du Parisien, sera rédactrice en chef adjointe du magazine. Selon les fondateurs du journal, une centaine d’investisseurs ont pris part au tour de table, dont Bernard Mourad, banquier d’affaires libanais, ancien responsable du pôle médias de SFR et fondateur du nouveau média vidéo Loopsider, qui a apporté 300.000 €. Et qui a donné un an pour arriver à l’équilibre.

Jules Lavie et Julien Mendez sont devenus amis « en fréquentant la même école. Celle de leurs enfants, à Montmartre, quartier bobo de Paris. Jules présente les journaux du week-end sur France Info. Julien est économiste et enseignant. « Ce qui nous réunit, c’est une préoccupation pour l’intérêt général. De là est née notre idée d’offrir quelque chose qui fasse avancer la réflexion. Sans courir après l’actualité. Nous promettons du nouveau, pas les nouvelles. Un projet raisonné qui rompt avec le modèle économique des vieux hebdos », explique Julien Mendez, avec le mépris dans l’air du temps de la classe montante, depuis l’arrivée du banquier Macron à l’Elysée.

Vraiment… les bonnes questions ?

Le nouvel hebdomadaire coûte 4,50 euros, avec dix pages de publicité (moins de 20% du chiffre d’affaires), et a été lancé fin mars avec un tirage initial de 100.000 exemplaires – l’équilibre serait atteint avec 45 000 exemplaires vendus. 

Un numéro 0 a paru le 8 février 2018 dans une vingtaine de points de vente des grandes villes. En Une, la disparition de l’argent liquide, un sommaire attrape-tout, avec un dossier sur les efforts de la filière bovine, quatre pages sur le risque d’un krach boursier, une rubrique Monde qui oscille entre les violences policières en Tunisie et les tests tests ADN aux USA, un article sur Sci-Hub, pirate des publications scientifiques, et une rubrique bric-à-brac « au calme » avec des articles écologie, cuisine, musique, livres, BD, jeux vidéo etc.

Il promettait de ne pas être un journal d’opinion. L‘intention était de ne pas donner dans l’éditorialisme, tout en posant les bonnes questions. Ainsi, une société civile sans argent liquide, c’est aussi une société sans confidentialité, donc traçable à n’importe où et quand, grâce à son e-portefeuille ou sa carte bancaire, un meurtrier en cavale ou un terroriste, mais  aussi un lanceur d’alerte dérangeant. Si le journal ne veut pas professer d’opinion, il est dans le camp de ce que l’on pourrait appeler le macronisme de gauche. Comme a dit Bertrand Delais, que son admiration pour Emmanuel Macron a porté à la tête de LCP-AN par le fait du prince, le « nouveau monde » ressemblant étrangement à l’ancien, « cette espérance dans le progrès le met clairement dans le camp de la gauche ».  Un a priori de plus, voire un accaparement par la gauche. 

Dans la même veine du parti-pris, pas touche au totem de la théorie du genre face aux « relents conservateurs » : on a échappé au terme « nauséabond », poncif des journalistes de gauche, suite à la résolution prise par le le ministère de l’Education de bannir la diffusion et l’utilisation de tout matériel relatif à l’idéologie du genre », en Uruguay…  Et le tout à l’avenant.

Le numéro 1, mis en vente le 21 mars 2018, titrait sur des sujets société, WhatsApp, les tests ADN, le sens de la répartie, plus une accroche sur le populisme avec une vignette de Jean-Luc Mélenchon. Dix pages de publicité de la vie quotidienne (la primevère, le fromage Pélardon, visiter Limoges), une offre de démarrage à 10 € pour deux mois, puis 14 € par mois les mois suivants. Les dieux du journalisme ne s’étaient pas penchés sur le berceau de Vraiment, dont le destin était appelé à connaître le sort du quasi défunt Ebdo, disparu au bout de deux mois d’existence. 

Deuxième échec de start-up de presse

« C’est avec tristesse que nous abandonnons cette partie, mais nous nous mettons au travail pour faire perdurer les valeurs et l’esprit du journal sous une autre forme« , a ajouté son cofondateur et directeur de la rédaction, Jules Lavie, dont les prétentions ne semblent pas entamées. Le journal avait levé des fonds auprès d’investisseurs de tous horizons, et lancé une campagne de souscription auprès du grand public.

C’est le deuxième échec en quelques semaines dans la presse hebdomadaire en France: le magazine rival Ebdo, lancé en janvier par l’éditeur de revue XXI et de 6mois, a mis la clé sous la porte en mars, là aussi en raison de ventes et de rentrées financières insuffisantes, après le lancement d’une campagne de financement participatif. Au final, la rédaction devait être composée de 35 journalistes salariés, dont une trentaine déjà recrutés, qui sont sur le carreau, auxquels se seraient ajoutés des « reporters associés » récurrents (comme l’écrivain Emmanuel Carrère, un compagnon de route de XXI) et des pigistes. Après que le projet a été éventé, 800 candidats ont envoyé leur CV : ils ne regrettent rien… 

Ebdo est à l’origine de deux polémiques.
Dès son numéro zéro, le journal titra sur les « 13 morts du Lévothyrox« , repris en confiance (!) par Le Figaro, puis suivi par l’ensemble des media, ce qui suscita la dénonciation par le Journal International de Médecine d’un manque d’éthique journalistique: statistiquement, c’est un nombre attendu de morts naturelles parmi les personnes prenant du Lévothyrox, mais le titre et une grande partie de l’article attribuent ces morts au médicament. Dans l’article cité (visible sur le compte Twitter d’Ebdo), il est précisé que le lien de cause à effet n’est pas justifié. Or, ni le titre du tweet, ni le reste de l’article qui était sur le mode du scandale sanitaire ne tenait clairement compte de cette réserve. A l’origine, un futur contributeur, à qui le projet avait été esquissé, commenta en ces termes : « Saint-Ex et Beccaria ne le diront jamais comme ça, mais ils veulent faire le journal de la France d’en bas. » Plus bas que bas.

Il avait également été critiqué après la publication, en novembre 2017, d’une enquête controversée sur le ministre d’Etat Nicolas Hulot. Dans son n° 5, le journal fut encore au centre d’une polémique avec sa révélation de l’existence d’une plainte pour viol contre le ministre Nicolas Hulot ayant fait l’objet d’un classement sans suite pour prescription. L’enquête elle-même est controversée et soulève à nouveau des débats sur l’éthique journalistique. L’article faisait allusion à la victime, Pascale Mitterrand, nièce du président défunt, et dont l’identité fut dévoilé par Le Parisien, et une plainte pour viol déposée en 2008 contre Nicolas Hulot. Nicolas Hulot décida de porter plainte contre le journal pour diffamation. Ebdo sera obligé de déposer son bilan, suite au scandale provoqué par son attaque ad hominem  de Nicolas Hulot en Une. Le quotidien Libération annonçait un magazine « réputé pour son journalisme de haut vol »…

Le directeur de la publication d'Ebdo, Laurent Beccaria et le directeur général de Rollin Publications, Thierry Mandon à la soirée de présentation d'Ebdo au Théâtre de Verre à Paris, le 27 septembre.
Laurent Beccaria et le directeur général de Rollin Publications, Thierry Mandon

Le directeur de la publication d’Ebdo, hebdomadaire papier – au 15 millions de budget, sans publicité – fondé par l’équipe du magazine XXI, dont Christophe Boltanskigrand reporter à Libération, puis à L’Obs, est le nouveau rédacteur en chef, Patrick de Saint-Exupéry, journaliste condamné définitivement, mais dans la plus grande discrétion, sur plainte du général ancien chef de l’état-major particulier de l’Elysée, après un arrêt de la Cour de cassation de janvier 2014 dans l’affaire dite du ‘génocide rwandais’, et Laurent Beccaria, fondateur de la maison d’édition Les Arènes, du magazine XXI et de Ebdo, était un ex-membre du gouvernement Valls, Thierry Mandon, qui copréside, avec Guillaume Poitrinal, le conseil de la simplification pour les entreprisesEbdo fut publié du  au  par la société ‘Rollin Publications’, dont Mandon est depuis 2017 le  directeur général. 

blog -webtele LaFranceLibre-logoParallèlement, media indépendant contre l’unanimisme médiatique, mis en ligne le 13 février, la webtélé LaFranceLibre.tv, co-fondée par le journaliste Eric Brunet, l’avocat Gilles-William Goldnadel et l’écrivain André Bercoff, présente tous les jours des vidéos de décryptage de l’actualité France et Internationale, un regard neuf sur les sujets oubliés des media mainstream.