Dette: l’ambiguïté de la France entre Grèce et Europe

L’hypocrisie, moteur deux-temps de la diplomatie selon Hollande

Le dialogue s’engage mal entre le nouveau gouvernement d’Alexis Tsipras, élu de l’extrême gauche anti-libérale et anti-européenne, et les grands argentiers européens qui ont proposé à la Grèce une aide pour son redressement.Croyant trouver une oreille attentive à ses arguments, le ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, devait passer par la France lundi 2 février, alors que, le 31 janvier, Angela Merkel et son ministre des Finances Wolfgang Schaüble ont redonné un message de grande fermeté pour le remboursement de la dette grecque, laquelle représente 177% de son PIB.

En recevant, vendredi, le président de l’Eurogroupe, Yanis Varoufakis, a prévenu d’emblée son invité: le ministre grec des Finances refuse de dialoguer avec la troïka, BCE (Banque centrale européenne), l’U.E. (Union européenne et FMI (Fonds monétaire international) qui représente les trois principaux créanciers de la Grèce. «La Grèce veut bien dialoguer, mais pas avec le comité branlant de la troïka», a lancé Varoufakis (ci-dessous à droite, désinvolte, main dans la poche). «Ignorer les accords n’est pas le bon chemin à prendre», a rétorqué le ministre néerlandais des Finances, Jeroen Dijsselbloem (ci-contre à gauche).
Le Néerlandais a fait un rapport immédiat de son entretien avec son homologue grec à l’entourage de François Hollande et d’Angela Merkel, qui vont devoir trouver une ligne commune pour faire entendre raison au gouvernement grec, très braqué sur le fond et la forme, avant même que la discussion sur la dette n’ait réellement commencé.
Hier samedi, dans les colonnes du Hamburger Abendblat, la chancelière allemande a exclu un «nouvel effacement» de la dette de la Grèce. (…) Il y a déjà eu un renoncement volontaire des créanciers privés, les banques ont déjà renoncé à des milliards de créances sur la Grèce», rappelle-t-elle.

Yanis Varoufakis se rend donc à Paris dès aujourd’hui, alors qu’il était initialement prévu qu’il vienne ce lundi. Lors d’un entretien avec son homologue Michel Sapin vers 17 heures, il ouvrira la voie au premier ministre, Alexis Tspiras, qui se déplace mercredi. Le programme exact de sa visite dans la capitale française n’est pas encore connu, mais devrait porter sur les moyens d’aplanir les tensions créées par le nouveau pouvoir grec qui, pour donner des gages à son électorat, a d’entrée braqué l’U.E.
Mais la France n’est pas l’interlocuteur privilégié de la Grèce que décrit notre presse. Outre mon beau Sapin et également dimanche, Y. Varoufakis doit rencontrer le ministre français de l’Economie, Emmanuel Macron, avant de se rendre à Londres où il s’entretiendra lundi avec son homologue britannique George Osborne et des représentants des milieux d’affaires de la City.
C’est certes auprès du gouvernement socialiste français que le gouvernement grec croit deviner l’oreille la moins insensible à ses récriminations. «Une restructuration de la dette grecque est absolument nécessaire», a déclaré Matthieu Pigasse, dirigeant de la banque Lazard, laquelle a conseillé le gouvernement grec. «Je pense qu’il faut réduire de moitié la dette détenue par les institutions publiques en Grèce», a déclaré le banquier, classé à gauche, sur BFM. Soit une ardoise de 100 milliards d’euros à partager entre les contribuables de la zone euro.
Pigasse a été conseiller technique au cabinet du ministre Dominique Strauss-Kahn en 1998, puis directeur adjoint du cabinet du ministre Laurent Fabius, chargé des questions industrielles et financières, en 1998. Et comme le monde est petit et l’internationale socialiste efficace, ce « banquier de gauche » qui conseilla Ségolène Royal en 2007 avec le succès que l’on sait puisque Sarkozy la battit alors à plate couture, a pris le contrôle du quotidien « indépendant » Le Monde avec d’autres socialistes multi-milliardaires, Pierre Bergé (YSL et banquier de la candidate S. Royal à la présidence) et Xavier Niel (Free).

Le bras de fer entre les Européens et Syriza est suivi avec inquiétude par les marchés. Les plus pessimistes voient le scénario de «Grexit» – « exit la Grèce »: sortie précipitée de la Grèce de l’euro – revenir en force. Les investisseurs privés se débarrassent en hâte du peu de titres grecs – dettes ou actions – qu’il leur reste. Le taux d’emprunt de la Grèce à 10 ans a grimpé à 10,79 %. Plus inquiétant encore, le coût d’emprunt à 5 ans a bondi à plus de 15 % ce vendredi. Cela signifie qu’aux yeux des investisseurs, le risque de défaut de paiement grec augmente.

La Grèce, dont les banques se vident à vive allure, est artificiellement maintenue sous perfusion financière par la BCE qui lui a accordé une ligne de crédit d’urgence pour les alimenter. Cela permet aux Grecs d’aller retirer leurs économies en billets aux guichets ou aux distributeurs. Mais cette bouée de sauvetage ne tient qu’à la bonne volonté de la BCE, l’un des piliers de la troïka, qu’attaque le gouvernement Syriza en pensant adopter la meilleure défense, mais dont il ne pourra se passer très longtemps. Sauf à précipiter une crise bancaire, et une sortie de l’euro.
Michou Sapin se présentera-t-il col ouvert, en débraillé à la grecque, pour faire plus populaire -et démago- que jamais ?

Les nouveaux dirigeants grecs semblent bien décidés à s’affranchir de la tutelle de la troïka

Ils l’ont dit et répété haut et fort et le nouveau premier ministre Alexis Tsipras a de nouveau promis la fin de l’austérité et réclamé une restructuration de la dette grecque. La gauche française se prend à rêver.

Bien que des Clémentine Autain (FdeG) soient capables d’affirmer, « les yeux dans les yeux » comme J.Cahuzac, que le gouvernement grec reçoit de l’Europe des fonds dont le peuple ne voit pas la couleur et que, pire, il doit mettre lui-même la main à la poche, c’est oublier que les Grecs ont participé à l’effondrement de l’économie de leur pays en fraudant le fisc pendant plusieurs générations, profitant du clientélisme et de la corruption grandissants du pouvoir, qu’il soit de droite ou de gauche. Aujourd’hui, de nombreux Grecs refusent d’accueillir en sauveurs ces experts représentant la troïka, et les considèrent comme l’incarnation d’une politique d’austérité dont ils ne veulent plus, estimant que cette austérité n’a fait qu’aggraver leurs conditions de vie. Le déni de leur responsabilité partagée a amené Tsipras au pouvoir, augmentant les risques de coulage de leur péninsule.

Négocier sans cette troïka, comment est-ce perçu ?
La question a été posée ce samedi à une sélection d’Athéniens. « S’il n’y a pas de plan B, dit Fotis Paraskavopoulos, alors, on peut nourrir quelques inquiétudes. Mais le fait de ne plus vouloir traiter avec la troïka, cela ne me pose aucun problème. Ce que j’espère quand même, c’est que le gouvernement a une solution de rechange ».

Fotis Paraskavopoulos
Fotis Paraskavopoulos

Il ajoute: « Je ne sais pas s’il faut être inquiet, ajoute pour sa part Sophia Simonek. Ce que je sais, c’est que les gens n’en peuvent plus. Et c’est pour cela qu’ils ont voté pour Syriza. J’espère que les choses vont s’arranger et que les dirigeants savent ce qu’ils font ». Ce témoin pris dans la foule anonyme est… professeur d’université: le hasard fait bien les choses… Olivier Péguy, journaliste à EuroNews, pouvait-il l’ignorer?

La Grèce pourra-t-elle passer outre les engagements de la Grèce envers ses créanciers ?
Non, a estimé ce vendredi le président de l’Eurogroupe. Pour le faire fléchir, le gouvernement grec a donc entamé ce samedi une tournée européenne pour faire valoir ses vues. Le ministre des Finances Yanis Varoufakis vient donc dès ce samedi chercher à Paris le soutien d’un gouvernement de gauche, avant une visite du Premier ministre, mercredi. Alexis Tsipras fera aussi escale à Rome, où le président du Conseil des ministres depuis le 22 février 2014, est Matteo Renzi, ex-secrétaire du Parti démocratique (PD), à la tête d’une coalition PD (centre gauche)-NCD (Nouveau Centre-droit)-SC (centriste et libéral) et PI (démocrate-chrétien). Surnommé « Le démolisseur », il a pour objectif de rechercher des soutiens susceptibles, selon lui, de faire infléchir la position allemande en matière d’orthodoxie budgétaire.

Le socialiste Hollande adopte pourtant la même intransigeance que Merkel

Tsipras ne peut ignorer que François hollande et la chancelière allemande Angela Merkel sont en convergence sur le dossier grec. C’est une déclaration de l’entourage du président français qui l’affirme. La chancelière et le président, principaux détenteurs de la dette grecque, ont dîné ensemble vendredi soir dans un restaurant strasbourgeois, une rencontre informelle destinée à harmoniser leurs points de vue sur les « questions d’actualité » et l’avenir de l’Europe, à l’issue de laquelle ils n’ont fait aucune déclaration. L’attitude commune à adopter face au nouveau gouvernement grec a donc été au coeur de leur discussion, suite à leur information par le président du Parlement européen, Martin Schulz, de la teneur de ses entretiens avec Alexis Tsipras à Athènes. Les deux dirigeants « ont convergé sur le fait qu’il est à la fois important de respecter les choix du peuple grec et de respecter les engagements » (de la Grèce envers ses créanciers), a assuré un proche du chef de l’Etat. « Il faut être dans une position de dialogue et d’échange pour bien comprendre les intentions du gouvernement grec », a-t-il insisté.
Quant à Martin Schulz, il a révélé au journal allemand Die Welt ses efforts pour lui faire policer ses propos: « Je lui ai recommandé [Tsipras] avec insistance de désarmer sur le plan verbal. Cela ne lui apporte rien », lui conseillant aussi de « cesser ses attaques contre Angela Merkel ».
Mais dans la partie de bras de fer engagé, le gouvernement grec sentira derrière lui la foule des manifestants du parti d’extrême gauche que, dans un souci de rassemblement, la presse française de gauche qualifie de « radicale », « Podemos« , l’équivalent espagnol de Syriza, qui étaient au moins 100.000 samedi dans les rues de Madrid pour dire leur volonté de changer les règles du jeu européen.

Alexis Tsipras se fera recevoir mercredi prochain par le rétropédaleur de l’Elysée. Le premier comptait sur le soutien de la « gauche molle » dans son intention affichée de renégocier la dette grecque mais le second misait sur une opération prestige en attirant à Paris le Grec qui défie l’Union européenne. Lundi 26 janvier, alors qu’on l’interrogeait sur la restructuration de la dette grecque, l’ambigu Hollande évoquait à la fois la « solidarité » et la « responsabilité ». Le président français a ensuite éclairci sa pensée lors d’une conférence de presse commune avec son homologue colombien Juan Manuel Santos, estimant que « des engagements ont été pris » par la Grèce à l’égard de ses créanciers et jugeant qu’ils devaient « être tenus ».Mais il embrouilla aussitôt les choses, affirmant que « la Grèce est dans la zone euro, la Grèce veut rester dans la zone euro et la Grèce restera dans la zone euro »… Tsipras a donc quelque raison de venir tirer au clair la question du positionnement de Hollande.

Et, à bien d’autres égards, Hollande n’est pas clair dans sa tête

Gouvernement de coalition en Grèce
A. Tsipras (Syriza, gauche socialiste) a recherché l’alliance avec Panos Kammenos (à gauche)
(AN.EL), droite souverainiste…

Tandis que l’extrême gauche française de Jean-Luc Mélenchon (PdeG) et de Pierre Laurent (PCF) exulte à l’annonce du chiffe de 100.000 manifestants « radicaux » samedi dans les rues de Madrid pour dire leur volonté de changer les règles du jeu européen, tous, PS inclus, occultent l’entente de gouvernement que Syriza et Tsipras ont passé avec la droite souverainiste grecque de Panos Kammenos. Si les divergences sont nombreuses entre ces derniers et Syriza, ils sont au moins d’accord sur une politique anti-européenne qu’ils souhaitent mettre en place contre l’austérité. Ils ont obtenu 17 sièges de députés quand la gauche extrême en a gagné 149. »Je veux annoncer qu’à partir de ce moment, la Grèce dispose d’un gouvernement, » a expliqué Panos Kammenos, après une rencontre avec Alexis Tsipras à Athènes. « Les ‘Grecs indépendants’ voteront la confiance au Premier ministre Alexis Tsipras. Il y a un accord de principe. »

Le PS grec est laminé, mais Hollande se montre ravi. 

Le parti d’extrême gauche, Syriza, mené par Alexis Tsipras, a raté de peu la majorité absolue des sièges aux législatives en Grèce du 25 janvier. Avec près de 36,5% des voix, il devance de près de neuf points le parti conservateur de la Nouvelle démocratie et du Premier ministre sortant, Antonis Samaras, mais le désaveu le plus cinglant est surtout adressé au Pasok, « parti de gauche« , comme le décrit le jeune journaliste, stagiaire jusque 2011 (20minutes et Slate), Vincent Matalon (Francetvinfo), avec une extrême discrétion.

Le PS grec en déroute

Imaginez une Assemblée nationale française avec seulement 28 députés PS sur 577 ! C’est à peu près ce qui est arrivé dimanche au Pasok, parti social-démocrate historique, membre du Parti socialiste européen et de l’Internationale socialiste. Avec 4,68% des suffrages exprimés, derrière le parti d’extrême droite Aube dorée. Le Parti socialiste grec est le grand perdant de ce scrutin: il n’obtient que 13 sièges à la Vouli.
Avec leur impudence coutumière, les analystes socialistes se livrent à des commentaires osés. Ainsi, selon le prometteur journaliste sus-nommé, le « PS » grec serait victime… Comme s’il avait été au pouvoir? « Pasok paie les pots cassés de la rigueur. » Ce qui est vrai, c’est que les socialistes, alors menés par Georges Papandréou, étaient en effet aux affaires lorsque la crise de la dette a éclaté en 2010 et président de l’Internationale socialiste (IS) depuis 2006. Son père, Andréas Papandréou est fondateur du Pasok et a été deux fois premier ministre, pendant dix ans. Il a aussi été mêlé en 1965 à l’affaire Aspida, une conspiration menée par de jeunes officiers de gauche qui provoqua la chute du gouvernement de Geórgios Papandréou, père d’Andréas et grand-père de Georges… Une commission d’enquête parlementaire se pencha sur les accusations de corruption et d’écoutes téléphoniques illégales portées en 1990 contre Andréas Papandréou, qui fut acquitté en 1992. C’est Georges Papandréou, né aux USA en 1952 et arrivé au pouvoir en 2009, qui, le premier, a dû mettre en œuvre les mesures d’austérité réclamées par la troïka en 2010 et qui ont largement pesé sur le niveau de vie moyen des Grecs. Il a ensuite gouverné au côté de la droite en poursuivant cette politique nécessitée par le clientélisme et la corruption endémiques du pouvoir dont profita un temps le peuple. Il a divisé son score par dix en six ans : il avait obtenu 44% des voix aux législatives de 2009.

Hollande félicite Tsipras, Mélenchon applaudit, tous veulent tirer partie de cette dynamique

Plusieurs responsables de gauche et d’extrême gauche, socialistes, écologistes et du Front de gauche (PdG et PCF), se sont réjouis de l’entente de la carpe et du lapin grecs, qui envoie, selon eux, un signal au reste de l’Europe.

François Hollande a ainsi fait part « de sa volonté de poursuivre l’étroite coopération entre nos deux pays, au service de la croissance et de la stabilité de la zone euro, dans l’esprit de progrès, de solidarité et de responsabilité qui est au cœur des valeurs européennes que nous partageons ». Beaucoup de mots pour peu de sincérité, mais la volonté politicienne de tirer argument de cette entente contre nature dans l’optique d’un rassemblement opportuniste de la gauche qui profiterait au PS dès les élections départementales de mars prochain.