Le Bataclan accueille un rappeur anti-républicain invectivant C. Fourest, Ménard, Ciotti ou Estrosi, au nom de l’islam radical

Le nom de Médine sent le soufre : il agite la presse et les réseaux sociaux depuis le week-end dernier.

blog -Medine rappeur anti republicain.jpgDe son vrai nom Médine Zaouiche, Médine est un rappeur franco-algérien,  âgé de 35 ans, né au Havre en 1985 de parents d’origine algérienne. Peu connu du grand public, il s’est néanmoins distingué avec le titre Don’t Laïk, dans lequel il appelle à «crucifier les laïcards» de la République, « met des fatwas sur la tête des cons », avant de s’en prendre – encouragé par la presse socialo-communiste –  à Nadine Morano, Jean-François Copé et Pierre Cassen. Dans le contexte des attentats contre Charlie Hebdo, cette chanson suscite une « controverse turbulente » reprise sur le plan international. (Don’t Laik compte en 2016 plus d’un million de vues sur YouTube). Pour le philosophe et essayiste Vincent Cespedes, ces paroles sont trempées « dans tous les encriers de l’intolérance : celui de la propagande djihadiste et des appels au meurtre de l’Etat islamiste. » Il juge le chanteur « irresponsable en tant qu’artiste diffuseur de mots, d’idées… 

Or, il doit se produire au Bataclan les 19 et 20 octobre prochains, à guichet fermé. La célèbre salle du XIe arrondissement parisien avait été endeuillée le 13 novembre 2015 par le massacre perpétré par un commando djihadiste qui y a abattu 90 personnes. C’est précisément ce point qui cristallise les indignations, en premier lieu contre le propriétaire de la salle qui a eu vite fait de faire son deuil.
712020-medine032En 2005, Médine avait sorti un album intitulé Démineur, avec une chanson, Don’t Laïk, où il disait notamment « crucifions les laïcards comme à Golgotha ». Un journaliste socialiste comme Gérard Leclerc (66 ans) se dit troublé, mais pas assez pour empêcher la liberté d’expression de poursuivre son oeuvre de sape de la démocratie, humaniste et faible. 

Pour dénoncer cette provocation, il faudra donc des responsables politiques de droite comme Laurent Wauquiez, qui dénonce un « sacrilège pour les victimes, un déshonneur pour la France », ourdi par un « individu (…) se présentant comme une ‘islamo-caillera' », et d’extrême droite, comme Marine Le Pen, qui y voit une « incitation au fondamentalisme islamiste », rapidement rejoints par plusieurs membres de la majorité présidentielle, comme la députée LREM Aurore Bergé. 

Au PS, Olivier Faure a encore cru lundi qu’il est possible d’espérer du rappeur Médine, dont les prochains concerts au Bataclan provoquent l’indignation, qu’il puisse, de lui-même, « lui-même se poser la question de savoir si sa présence » dans ce lieu « ne justifierait pas une prise de distance » par rapport à d’ancien titres polémiques, comme comme « Don’t Laïk » ou « Jihad » qui en dit pourtant long sur ses sympathie pour le djihad en Syrie ou en France. « Je ne suis pas de ceux qui sont dans l’interdiction, mais il y a une question qui est effectivement posée« , a mollement réagi le premier secrétaire du PS. 

houria-bouteldjaLe groupe de rap ‘Nique ta mère‘ (NTM), Orelsan (dont l’un des premiers titres ‘Sale pute’ fut dénoncé en 2009 pour incitation à la violence envers les femmes – il leur « déboîterait la mâchoire » ou les « ferait avorter à l’opinel » – , mais qui reçoit trois Victoires de la musique dix ans plus tard, en période de lutte médiatique contre les viols et violences faites aux femmes) ou ZEP (Zone d’expression populaire: Nique la France) et Houria Bouteldja (proche du parti des indigènes de la République, PIR, militante antiraciste engagée contre l’islamophobie et le néocolonialisme, mais accusée accusée d’antisémitisme, homophobie, sexisme, communautarisme et racisme) n’ont-ils pas ouvert la brèche ?

Danièle Obono, nouvelle députée France insoumise (LFI) de Paris, n’a vu aucun problème à ce que le rappeur se produise sur le théâtre des attentats djihadistes de novembre 2015. « Pourquoi ça me choquerait ? Bah non, c’est un chanteur qui se produit dans une salle de spectacle et voilà. C’est un artiste. C’est un artiste qui se produit, un rappeur« , a-t-elle dit. Lors d’une série d’attentats menés dans la soirée du 13 novembre 2015, un commando djihadiste a tué 130 personnes à Paris et dans sa banlieue, dont 90 au Bataclan. 
Elle a récemment défendu sur une radio nationale le droit de dire «Nique la France» tout en s’interrogeant sur les raisons de dire «Vive la France». 

 

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Yassine Belattar s’estime « plus français » que Manuel Valls

Nommer l’humoriste au ‘Conseil présidentiel des villes’ est une « faute » et une « faiblesse » de Macron, dénonce l’ancien premier ministre.

Marianne et Belattar : la fabrication d'un ennemi

Souvent controversé et parfois attaqué, l’humoriste Yassine Belattar est notamment considéré comme un infiltré par certains militants de la laïcité dénonçant sa proximité avec l’islam politique. En 2015, il accepta en effet d’animer le gala du CCIF, tout en prétendant venir « en tant que républicain et non en tant que musulman », bien que ce ‘Collectif contre l’islamophobie en France’ soit l’objet de critiques sur sa proximité avec des islamistes (dont les Frères musulmans) ou sur l’instauration d’une approche de concurrence victimaire. Au mois de mars dernier, Manuel Valls avait d’ailleurs réagi à la nomination de Yassine Belattar au Conseil présidentiel des villes par Emmanuel Macron.  

blog -Belattar Y

Dans son édition du 14 décembre, l’hebdomadaire Marianne a diffusé un article mettant en garde contre l’humoriste engagé, et ses semblables que le microcosme sort du néant pour servir d’alibi politique. Mais tel est pris qui croyait prendre, car le comique est plus retors que la moyenne des saltimbanques du rire. On commence à l’accuser d’attenter au modèle républicain et laïc. On ne l’avait pas pris au sérieux, mais Marianne ne s’est pas laissé tromper : son discours est chargé  en  « déni de l’islamisme », » discours sur «les Blancs» et les autres »… Présenté comme « shooté au néoracisme » (celui des « pétitions d’intellos fourvoyés » et des « ateliers pour ‘racisés’ « ), il est pour le magazine un « Houria Bouteldja en bouffonne »« le PIR [Parti des indigènes de la république (« anti-impérialiste et antisioniste »), dont Bouteldja est la porte-parole] en pitre. » 

Des accusations qui ont poussé dans un nouvel affrontement du Franco-marocain né dans les Yvelines avec l’ancien Premier ministre, les deux hommes s’invectivant régulièrement  lors d’apparitions médiatiques. Et c’est ainsi qu’à peine interrogé sur cette dispute par Thierry Ardisson sur le plateau de « Salut les Terriens! », Yassine Belattar a remis une pièce dans la boîte à claques.

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 « Le plus français de nous deux c’est moi: je suis né à Conflans-Sainte-Honorine et je n’ai connu que la France, lui est arrivé en France à 18 ans et ne savait même pas conjuguer le verbe être », a lancé Yassine Belattar, déclenchant les rires de l’animateur et du plateau.

Quant à la formule sur la « faute » et le « signe de faiblesse », celui qui est aussi présentateur sur Radio Nova a là encore préféré verser dans la xénophobie, glissant avec malice: « C’est pas grave, les Espagnols sont comme ça… »

« Quand Valls veut m’emmener dans un mano a mano, c’est lui le toréador, moi je ne suis pas le taureau. Il est tout seul. »

Et de terminer avec une nouvelle blague de stand-up, dans le style de Jamel Debbouze, autre comique ambigu  : « Je voulais dire à Manuel Valls que je suis plus proche des frères Bogdanov que des frères musulmans.« 

L’intégralité du passage de Yassine Belattar dans SLT:

A voir également sur Le HuffPost

https://www.ultimedia.com/deliver/generic/iframe/mdtk/01590560/zone/1/showtitle/1/src/vkuq58

VOIR et ENTENDRE aussi son échange avec David Pujadas sur le thème du terrorisme :<center>
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L’imam Edwy Plenel roule pour Tariq Ramadan

Le ticket gagnant Ramadan-Plenel !
France 2 et Ruquier cautionnent avec une invitation à On n’est pas couché
Journal en ligne avec version papier, Causeur dénonçait cette connivence entre l’extrême gauche et l’islamiste, le 15 janvier 2015 
 
Digne des pages les plus improbables d’un scénario à la Houellebecq, une soirée  s’est déroulée dans l’Essonne (présidée par Jérôme Guedj, PS) à Brétigny-sur-Orge (alors PS), samedi 17 janvier 2015. L’association  » Actions pour un monde sans frontières » (APMSF, 2010), qui œuvre à l’insertion professionnelles des jeunes de zone urbaine sensible (ou ZUS, territoire infra-urbain ou quartiers) organisait une grande réunion sur les difficultés des musulmans de France et sur l’islamophobie, dans l’esprit « No Border ». Le clou de cet événement était la conférence donnée par les deux orateurs, Edwy Plenel, un trotskiste, et Tariq Ramadan, un Frère musulman, avec la bénédiction de l’Etat républicain et laic.
Fils de militant laïc anti-colonialiste, mais favorable à la colonisation de la France par l’islam, le patron de Mediapart et l’intellectuel islamiste ont prêché sur la base d’un problème qui serait spécifique de la communauté musulmane et pour le « droit à l’insertion pour tous« , et « les difficultés de la Jeunesse Musulmane en France« .
Sur son site, l’APMSF précisait à toutes fins utiles à l’attention de ceux pour qui l’argent est sale que, pour la promotion de l’événement, elle ne devait employer aucun fonds public. Outre la vente des billets, 50 euros par personne (13 l’entrée au Salon de l’Agriculture, dégustations comprises) la journée serait donc sponsorisée par diverses associations communautaires comme « Oumma work », qui pratique l’embauche au faciès en mettant en relation des musulmans et des entreprises acceptant le port des signes religieux, ou « France Manassik », agence de voyages qui organise des voyages à la Mecque. 
À l’issue de la conférence, les réjouissances se sont poursuivies avec un grand dîner gastronomique ponctué de sketchs du Jamel Comedy Club, produit par l’humoriste franco-marocain Jamel Debbouze, lequel nie avoir été membre des Indigènes de la République (MIR), accusé par Marianne de distiller un discours fondé sur « la rancœur et la haine », et converti en PIR, parti politique homophobe, pro-palestinien, altermondialiste, anti-impérialiste et… »anti-souchien », dont l’une des figures les plus contestables est Houria Bouteldja, militante franco-algérienne née à Constantine et employée par les « sous-chiens » de l »Institut du monde arabe, IMA).
Une loterie permettait de prélever des fonds sur la masse des plus défavorisés et d’offrir « un voyage pour deux personnes » à un petit chanceux. La destination n’était pas précisée sur le programme. Mais sur le site islaminfo.fr, les organisateurs étaient plus transparents: « En achetant une place pour l’événement de l’APMSF, vous avez la possibilité de gagner une Omra pour deux personnes avec France Manassik« , l’agence qui  sponsorise la rencontre du camarade trotskiste et du frère islamiste. Une Omra étant, pour les non-initiés un « petit pèlerinage » à la Mecque… Trop fort ! Tu veux gagner un voyage à La Mecque ? Viens écouter Plenel, l’anti-capitaliste qui donne des conférences en critiquant celles du libéral Sarkozy…

On pourrait néanmoins s’indigner de cette stigmatisation manifeste à laquelle se prête le pontif de Mediapart qu’on aimerait plus ferme dans ses convictions laïques. La Mecque étant interdite aux non-musulmans, cette loterie est clairement discriminante : que fera le juif ou le catholique, ou pire l’athée abonné à Charlie Hebdo venu pour se poiler aux sketches du Jamel Comedy Club, s’il se retrouve avec le ticket gagnant ? Heureusement, il paraît qu’une conversion, ça peut être expédié.
 

« Il n’y a pas lieu de s’apitoyer sur les journalistes (…) », selon Rokhaya Diallo

Manifeste de 2011 après les caricatures de Mahomet et l’incendie de Charlie Hebdo

La Liberté D’Expression N’Est Pas À Défendre : Elle Est À Conquérir

Sébastien Fontenelle avait publié ce texte le 5 novembre 2011 dans Politis
(Le collectif signataire de ce texte est composé de Saïd Bouamama, Youssef Boussoumah (PIR et militant de la cause palestinienne), Houria Bouteldja (appointée par l’Institut du monde arabe, présidé par Jack Lang, et pourtant auteure de l’ « ouvrage » ci-contre), Henri Braun, Abdelaziz Chaambi, Ismahane Chouder, Olivier Cyran, Christine Delphy, Thomas Deltombe, Rokhaya Diallo, Sébastien Fontenelle, Nawel Gafsia, Laurent Lévy, Hassina Mechaï, Ndella Paye, Faysal Riad, Arielle Saint Lazare, Karim Tbaili, Pierre Tevanian, Sylvie Tissot, et Najate Zouggari.)
Sont-ils les invités de Julien Dray et défileront-ils dimanche?

Parce que la liberté d’expression est pour nous un principe précieux, nous refusons catégoriquement l’instrumentalisation bouffonne et intéressée qui en est actuellement faite par le couple Guéant-Charb, par la classe politique et par les grands médias.
Nous affirmons :

• qu’un cocktail molotov lancé la nuit dans des locaux vides et n’occasionnant que des dégâts matériels ne mérite pas une mobilisation médiatique et politique supérieure à celle, pour le moins discrète, qu’occasionne l’incendie ou la mise à sac d’une mosquée ou d’un cimetière musulman.

• que la disproportion entre les unes alarmistes sur l’incendie de Charlie Hebdo et les brèves de dix lignes sur les saccages de lieux de culte musulmans entretient une vision du monde raciste : si un saccage est plus grave qu’un autre, c’est que les biens des uns sont plus précieux que les biens des autres, et c’est en définitive que les uns valent plus que les autres.

• que le climat d’état d’urgence et d’union sacrée qui s’instaure aujourd’hui autour de Charlie Hebdo est d’autant plus odieux qu’il tombe au même moment qu’un silence et une indifférence quasi générale face à un autre incendie, lui aussi parisien, lui aussi d’origine criminelle, à ceci près qu’il visait un bâtiment occupé par des Roms et qu’il a entraîné une mort d’homme : Ion Salagean.

• que Charlie Hebdo, en acceptant la visite intéressée de Claude Guéant, qui incrimine avec empressement des « extrémistes musulmans », en l’absence du moindre élément de preuve, participe, comme il l’a déjà fait dans le passé en publiant des articles ou des dessins antimusulmans, à la confusion générale, à la sarkozisation et à la lepénisation des esprits.

• qu’il n’y a pas lieu de s’apitoyer sur les journalistes de Charlie Hebdo, que les dégâts matériels seront pris en charge par leur assurance, que le buzz médiatique et l’islamophobie ambiante assureront certainement à l’hebdomadaire, au moins ponctuellement, des ventes décuplées, comme cela s’était produit à l’occasion de la première « affaire des caricatures » – bref : que ce fameux cocktail molotov risque plutôt de relancer pour un tour un hebdomadaire qui, ces derniers mois, s’enlisait en silence dans la mévente et les difficultés financières.

• que, contrairement à ce qui dit et se répète jusqu’à la nausée à la faveur de ce nouveau buzz antimusulman, la liberté de critiquer l’islam est tout sauf menacée, et que toute personne dotée d’un minimum de bon sens peut même constater, en inspectant semaine après semaine la devanture de son kiosque ou les programmes de télévision, que concernant l’islam, non seulement la critique mais aussi la caricature et l’injure prospèrent en toute tranquillité et en toute bonhomie depuis au moins une décennie.

• qu’en revanche, il est une liberté d’expression qui est bel et bien menacée, et même plus d’une : celle pour commencer des femmes qui voudraient s’habiller comme bon leur semble, sans qu’un État national-laïque [laïc] leur impose par la loi un dress-code de bonne musulmane cheveux aux vents ; celle de ces mêmes femmes lorsqu’elles voudraient faire entendre leur ras-le-bol des regards, injures et discriminations qu’elles subissent quotidiennement au motif qu’elles portent un foulard ; celle des sans-papiers qui aimeraient avoir la parole et informer le public sur la réalité de leurs conditions de vie ; celle des SDF, des chômeurs, des précaires, qui sont les perpétuels recalés de l’espace public officiel – cet espace de « libre expression » qu’il s’agirait aujourd’hui de défendre, main dans la main avec Charb, Luz, Riss et leurs supporteurs [Claude Guéant, Ivan Rioufol et Marine Le Pen].

• que les leçons de tolérance adressées par l’élite blanche aux musulmans, présumés coupables de l’incendie, sont pour le moins malvenues puisque, contrairement à ce qui se dit et se répète, le délit de blasphème existe en France : depuis les lois Sarkozy de 2003, de très lourdes amendes et peines de prison sont prévues contre toute « offense au drapeau ou à l’hymne national ».

• que la liberté d’expression consiste à donner la parole aussi à la masse de celles et ceux, musulmans ou pas, qui n’éprouvent absolument aucune sympathie pour Charlie Hebdo, y compris « dans ce moment difficile », à toutes celles et ceux qui n’ont, depuis des années, aucun espace dans les grands médias pour dire leur écoeurement face à la nouvelle marque de fabrique de cet hebdomadaire : un anticléricalisme primaire doublé d’une obsession islamophobe.

• que, pour commencer, la liberté d’expression consisterait, pour que les amis de Charlie Hebdo retrouvent une once d’honneur, à donner abondamment la parole aux proches de Ion Salagean, à ses amis résidents du 163 rue des Pyrénées, et plus largement aux Roms qui subissent depuis de nombreux mois, et depuis bien plus longtemps en fait, le plus brutal et le plus assumé des racismes d’État.
P.-S.

Saïd Bouamama estsociologue et militantantiraciste ; Youssef Boussoumah et Houria Bouteldja (sa compagne franco-algérienne) sont membres du Parti des Indigènes de la République ;Abdelaziz Chaambi est porte parole du Collectif contre le racisme et l’islamophobie ; Ismahane Chouder et Ndella Paye sont membres duCollectif des Féministes Pour l’Egalité, de Mamans Toutes égales et de Participation et Spiritualité musulmanes ; Christine Delphy est sociologue et militante féministe ; Olivier Cyran, Thomas Deltombe, Rokhaya Diallo (photo ci-dessus: suggestion que Marianne devrait être blanche…), Sébastien Fontenelle et Hassina Mechaï sont journalistes ; Henri Braun et Nawel Gafsia sont avocats ; Sylvie Tissot est sociologue et militante féministe ; Arielle Saint Lazare est militante féministe ; Laurent Lévy, Faysal Riad, Karim Tbaili, Pierre Tevanian et Najate Zouggari sont militants antiracistes.

« Il n’y a pas lieu de s’apitoyer sur les journalistes (…) », selon Rokhaya Diallo (PIR)

Manifeste de 2011 après les caricatures de Mahomet et l’incendie de CharlieHebdo

La Liberté D’Expression N’Est Pas À Défendre : Elle Est À Conquérir

Sébastien Fontenelle avait publié ce texte le 5 novembre 2011 dans Politis
(Le collectif signataire de ce texte est composé de Saïd Bouamama, Youssef Boussoumah (PIR et militant de la cause palestinienne), Houria Bouteldja (appointée par l’Institut du monde arabe, présidé par Jack Lang, et pourtant auteure de l’ « ouvrage » ci-contre), Henri Braun, Abdelaziz Chaambi, Ismahane Chouder, Olivier Cyran, Christine Delphy, Thomas Deltombe, Rokhaya Diallo, Sébastien Fontenelle, Nawel Gafsia, Laurent Lévy, Hassina Mechaï, Ndella Paye, Faysal Riad, Arielle Saint Lazare, Karim Tbaili, Pierre Tevanian, Sylvie Tissot, et Najate Zouggari.)
Sont-ils les invités de Julien Dray et défileront-ils dimanche?

Parce que la liberté d’expression est pour nous un principe précieux, nous refusons catégoriquement l’instrumentalisation bouffonne et intéressée qui en est actuellement faite par le couple Guéant-Charb, par la classe politique et par les grands médias.
Nous affirmons :
• qu’un cocktail molotov lancé la nuit dans des locaux vides et n’occasionnant que des dégâts matériels ne mérite pas une mobilisation médiatique et politique supérieure à celle, pour le moins discrète, qu’occasionne l’incendie ou la mise à sac d’une mosquée ou d’un cimetière musulman.
• que la disproportion entre les unes alarmistes sur l’incendie de Charlie Hebdo et les brèves de dix lignes sur les saccages de lieux de culte musulmans entretient une vision du monde raciste : si un saccage est plus grave qu’un autre, c’est que les biens des uns sont plus précieux que les biens des autres, et c’est en définitive que les uns valent plus que les autres.
• que le climat d’état d’urgence et d’union sacrée qui s’instaure aujourd’hui autour de Charlie Hebdo est d’autant plus odieux qu’il tombe au même moment qu’un silence et une indifférence quasi générale face à un autre incendie, lui aussi parisien, lui aussi d’origine criminelle, à ceci près qu’il visait un bâtiment occupé par des Roms et qu’il a entraîné une mort d’homme : Ion Salagean.
• que Charlie Hebdo, en acceptant la visite intéressée de Claude Guéant, qui incrimine avec empressement des « extrémistes musulmans », en l’absence du moindre élément de preuve, participe, comme il l’a déjà fait dans le passé en publiant des articles ou des dessins antimusulmans, à la confusion générale, à la sarkozisation et à la lepénisation des esprits.
• qu’il n’y a pas lieu de s’apitoyer sur les journalistes de Charlie Hebdo, que les dégâts matériels seront pris en charge par leur assurance, que le buzz médiatique et l’islamophobie ambiante assureront certainement à l’hebdomadaire, au moins ponctuellement, des ventes décuplées, comme cela s’était produit à l’occasion de la première « affaire des caricatures » – bref : que ce fameux cocktail molotov risque plutôt de relancer pour un tour un hebdomadaire qui, ces derniers mois, s’enlisait en silence dans la mévente et les difficultés financières.
• que, contrairement à ce qui dit et se répète jusqu’à la nausée à la faveur de ce nouveau buzz antimusulman, la liberté de critiquer l’islam est tout sauf menacée, et que toute personne dotée d’un minimum de bon sens peut même constater, en inspectant semaine après semaine la devanture de son kiosque ou les programmes de télévision, que concernant l’islam, non seulement la critique mais aussi la caricature et l’injure prospèrent en toute tranquillité et en toute bonhomie depuis au moins une décennie.
• qu’en revanche, il est une liberté d’expression qui est bel et bien menacée, et même plus d’une : celle pour commencer des femmes qui voudraient s’habiller comme bon leur semble, sans qu’un État national-laïque [laïc] leur impose par la loi un dress-code de bonne musulmane cheveux aux vents ; celle de ces mêmes femmes lorsqu’elles voudraient faire entendre leur ras-le-bol des regards, injures et discriminations qu’elles subissent quotidiennement au motif qu’elles portent un foulard ; celle des sans-papiers qui aimeraient avoir la parole et informer le public sur la réalité de leurs conditions de vie ; celle des SDF, des chômeurs, des précaires, qui sont les perpétuels recalés de l’espace public officiel – cet espace de « libre expression » qu’il s’agirait aujourd’hui de défendre, main dans la main avec Charb, Luz, Riss et leurs supporteurs [Claude Guéant, Ivan Rioufol et Marine Le Pen].
• que les leçons de tolérance adressées par l’élite blanche aux musulmans, présumés coupables de l’incendie, sont pour le moins malvenues puisque, contrairement à ce qui se dit et se répète, le délit de blasphème existe en France : depuis les lois Sarkozy de 2003, de très lourdes amendes et peines de prison sont prévues contre toute « offense au drapeau ou à l’hymne national ».
• que la liberté d’expression consiste à donner la parole aussi à la masse de celles et ceux, musulmans ou pas, qui n’éprouvent absolument aucune sympathie pour Charlie Hebdo, y compris « dans ce moment difficile », à toutes celles et ceux qui n’ont, depuis des années, aucun espace dans les grands médias pour dire leur écoeurement face à la nouvelle marque de fabrique de cet hebdomadaire : un anticléricalisme primaire doublé d’une obsession islamophobe.
• que, pour commencer, la liberté d’expression consisterait, pour que les amis de Charlie Hebdo retrouvent une once d’honneur, à donner abondamment la parole aux proches de Ion Salagean, à ses amis résidents du 163 rue des Pyrénées, et plus largement aux Roms qui subissent depuis de nombreux mois, et depuis bien plus longtemps en fait, le plus brutal et le plus assumé des racismes d’État.
P.-S.

Saïd Bouamama estsociologue et militantantiraciste ; Youssef Boussoumah et Houria Bouteldja (sa compagne franco-algérienne) sont membres du Parti des Indigènes de la République ;Abdelaziz Chaambi est porte parole du Collectif contre le racisme et l’islamophobie ; Ismahane Chouder et Ndella Paye sont membres duCollectif des Féministes Pour l’Egalité, de Mamans Toutes égales et de Participation et Spiritualité musulmanes ; Christine Delphy est sociologue et militante féministe ; Olivier Cyran, Thomas Deltombe, Rokhaya Diallo (photo ci-dessus: suggestion que Marianne devrait être blanche…), Sébastien Fontenelle et Hassina Mechaï sont journalistes ; Henri Braun et Nawel Gafsia sont avocats ; Sylvie Tissot est sociologue et militante féministe ; Arielle Saint Lazare est militante féministe ; Laurent Lévy, Faysal Riad, Karim Tbaili, Pierre Tevanian et Najate Zouggari sont militants antiracistes.