Coup de filet anti-djihadistes à Lunel, Hérault: cinq gardes à vue ce mardi matin

Cinq gardes à vue à Lunel

Une  vingtaine de jeunes gens recrutés sur la commune pour faire le djihad en Syrie.

Lunel

Selon le quotidien régional Midi Libre , l’opération, menée par les policiers d’élite du Raid et du GIPN, a débuté vers 6h30 dans le centre ville de Lunel, ville prise au PS en 2001. Selon « une source proche du dossier », cinq personnes ont été placées en garde à vue.

Le quotidien régional, Midi Libre, évoque pour sa part l’arrestation et le placement en garde à vue de quatre à cinq personnes, soupçonnées être impliquées dans des filières de recrutement en raison de mandats envoyés en Syrie.

Coup de filet anti-islamiste
du GIGN à Lunel, Hérault (27/01/2015)

«Plusieurs voitures banalisées sont arrivées. Des hommes en sont sortis encagoulés et ont défoncé les portes des appartements de l’immeuble», a raconté un habitant de l’immeuble qui dit avoir été lui-même menacé. «On m’a mis un fusil sur la tempe (… ) finalement ils ont interpellé le voisin du dessus, Saïd», a-t-il indiqué, précisant «ne pas connaître son voisin plus que ça». Selon un autre témoin, dont le frère a été interpellé, les hommes «en tenue» avaient «une masse d’armes». «Ils m’ont plaqué, m’ont mis par terre, m’ont tapé dessus. Ils ont embarqué mon frère», a-t-il dit. Sans prendre de gants ?

Depuis le mois d’octobre 2014, six habitants de Lunel, âgés de 18 ans à 30 ans, sont morts en Syrie.

Dix-sept islamistes seraient toujours en Syrie.
Y a-t-il un réseau à Lunel ?

Un policier isolé équipé d’un fusil mitrailleur dans une rue de Lunel (27/01/2015).

Des marchands de mort embrigadent des jeunes fragiles, incultes et sans recul, ou des idéalistes inconscients, comme Raphaël, un converti à l’islam qui avait suivi cinq ans d’études et qui a été tué en Syrie. Ces jeunes fanatisés disent qu’ils aiment leur mère, mais qu’ils placent Mahomet au-dessus d’elle ! Et les lois de la République n’existent pas face au Coran.<br>La faute à l’Internet? Et à des imams charismatiques ou simplement prosélytes radicaux.

Ancien président de l’Union des musulmans de Lunel qui gère la mosquée El Baraka à Lunel, Lahoucine Goumri avait refusé de condamner ces départs en Syrie. 

Claude Arnaud, maire de Lunel (3e mandat)

A la demande du maire, Claude Arnaud, il a rompu le silence qui lui était imposé. Il le répète : « La mosquée n’a rien à voir avec tous ces départs. Ce sont des départs individuels. Ils n’ont jamais concerté l’imam ou la mosquée. Les musulmans qui viennent à la mosquée sont des Lunellois et il n’y a aucun souci à Lunel. Il y a un problème à 6.000 km d’ici et on ne veut pas le ramener à Lunel. »
Lahoucine Goumri élude la responsabilité de la mosquée dans les départs des jeunes de Lunel en Syrie.« C’est leur choix. Je n’ai pas à les juger. Seul Dieu les jugera. Si on doit condamner quelque chose, il faut condamner ce qui est condamnable. Pourquoi condamner ces jeunes qui sont partis au nom d’une injustice en Syrie et pas ces Français qui sont partis et ont tué des bébés palestiniens avec Tsahal l’été dernier ? Pourquoi est-ce qu’une mosquée condamnerait, alors que les autres religions ne le font pas ? »

Le président ne voit donc pas non plus pourquoi il ferait de la prévention auprès des autres jeunes : « Je ne vois pas pourquoi je ferais un message, si dix personnes sont parties sur 6.000 musulmans, soit 0,04 % ? Les autres jeunes, ils ne partent pas. Pourquoi je parlerais aux jeunes ? Tous les Lunellois ne sont pas dans le délire de la Syrie. »
<u>Ecoutez un extrait d’entretien avec Lahoucine Goumri</u> (lien France Bleu)
Pour lui, s’il doit y avoir prévention ou fermeture de site internet, c’est à l’État d’agir. Dès lors, quid des 0,04 % : Raphael, Houssem, Sabri, Hamza, Karim ? Les connaissait-il ? « Certains venaient à la mosquée, d’autres pas. Ils étaient gentils, intégrés, serviables, doux, bien éduqués. C’est un étonnement qu’ils soient partis. » D’ailleurs, se l’explique-t-il ? « Il n’y a rien à comprendre. Ils se connectent sur internet, ils prennent un billet d’avion. » Et d’ajouter que les intentions sont différentes selon les gens : djihad, raison politique, allez savoir…

Des nouvelles d’Ahmed, Maeva et de Syrie ?
Le responsable de la mosquée de Lunel explique n’avoir « ni compte Twitter ni compte Facebook. C’est une autre génération ». Mais il sait néanmoins très bien ce qui se dit sur les réseaux sociaux. Et quelles sont les nouvelles des autres jeunes Lunellois toujours en vie en Syrie. Il confirme ainsi qu’Ahmed, au départ donné pour mort et pleuré par les siens, aurait été blessé, mais serait toujours vivant. Il confirme aussi le fait que Maeva, qui avait indiqué vouloir rentrer et qui demandait de l’aide après la mort de son mari, en octobre, ne le souhaiterait plus. Son explication ? « Elle n’a plus de famille ici. Ses parents l’ont mise dehors quand elle s’est convertie. Là-bas, elle touchera une pension pour les veuves. Rentrer. Rentrer pour quoi ? Peut-être qu’elle ne voit pas ce qu’elle vivrait de plus en France. Sans doute que sa vraie famille est là-bas, au milieu des musulmans. »
Lahoucine Goumri conseille par ailleurs de lire le journal sorti par le groupe État islamique pour mieux s’informer sur ce qui se passe là-bas. Il alerte aussi sur le contenu de certains sites « plus nuisibles que les journalistes », qui utilisent des mots dangereux: guidage, filtrage ou censure? Lorsqu’on lui demande, enfin, devant sa visible très grande information sur ce qui se passe là-bas, comment il analyse la situation très complexe que connaissent actuellement la Syrie et le Moyen-Orient, il refuse cependant de commenter davantage, au nom de la mosquée : « C’est une situation très floue. Nous, on ne veut pas comprendre. C’est de la géopolitique. »

« La plus grosse filière djihadiste, c’est François Hollande »

Le préfet, Pierre de Bousquet, et le maire de Lunel, Claude Arnaud

C’est l’accusation de Lahoucine Goumri  (lien). « A mon avis, ces jeunes ont été poussés à partir dès mars 2011, lorsque François Hollande a dit que Bachar El Assad est un boucher et un criminel. Ces jeunes sont partis pour combattre une injustice. Ils ont été bombardés de vidéos sur internet [Et à la télévision, qu’elle soit publique ou privée]. Ils ont vu des vidéos horribles. Ils n’ont pas accepté. »
Puis, en un clin d’oeil, il repasse son habit de dirigeant de la mosquée. Selon lui, son rôle est d’aider les familles dans leur douleur, leurs « déchirements. Elles ne sont pas forcément d’accord avec ce qu’ils ont fait ». La mosquée est un lieu de « culte pour apprendre notre religion, comment adorer notre seigneur ». Et de redire aussi que « Lunel est une petite ville tranquille. Nous n’avons aucun souci. On ne veut pas qu’à travers ce qui se passe, les gens stigmatisent et qu’ils aient peur ». En janvier 2015, la mosquée aura en tout cas un nouveau président. Des élections y sont en effet prévues tous les deux ans. Lahoucine Goumri ne se représente pas. Cela aurait été un moyen de savoir si les fidèles partageaient son discours.

Attentats islamistes antisémites: minutes de silence perturbées dans des lycées

Le silence complice des influenceurs a conduit aux carnages 

Le Premier ministre Manuel Valls a fustigé aujourd’hui les jeunes qui ont refusé de respecter la minute de silence du 8 janvier en hommage aux Juifs pris en otages à l’épicerie casher de Vincennes et aux victimes de l’attentat contre Charlie Hebdo. Il a toutefois tenté de minimiser la gravité des faits en jugeant ces phénomènes « très minoritaires« . Les rectorats ont recueilli des signalements de perturbations dans environ 70 cas sur le territoire français et rappelant qu’il y a 64.000 établissements scolaires, a souligné le ministère de l’Education qui passe en revanche sous silence que des chefs d’établissement ont pu ne pas faire remonter les refus. En pareil cas, la langue de bois et l’omerta du milieu favorisent les éléments de langage que diffusent le pouvoir pour qui les choses « se sont globalement bien passées ».

Le gouvernement campe dans le refus

Cabu, autre victime expiatoire

Manuel Valls ne veut pas, mais ça se passe… « Dans mon pays, je ne veux pas que l’on puisse dire que l’ennemi, quand un élève répond à une question d’un enseignant, c’est le juif », a déclaré Manuel Valls sur BFM TV et RMC. « Je ne veux pas qu’il y ait des jeunes qui fassent le V de la victoire après ce qui s’est passé« , a-t-il ajouté, refusant que des jeunes se reconnaissent « dans ces terroristes barbares« . Les cas de perturbations ont été traités localement par les équipes éducatives, entre dialogue éducatif et sanctions proportionnées à la gravité des faits, allant du rappel à l’ordre à la convocation de conseil de discipline, précise le ministère de l’Education.

A Saint-Denis, collégiens et lycéens ne sont pas tous « Charlie »

Le monde à l’envers, quand Charlie hebdo posait en victime

« Je ne suis pas Charlie  » : la phrase était inscrite sur le colis suspect trouvé, ce vendredi 9 janvier, dans la salle des professeurs du lycée Paul-Eluard de Saint-Denis. « Il n’y avait pas de bombe, mais des câbles et un détonateur », en guise d’avertissement, soufflent Maryam et Marie-Hélène, deux élèves de 1re, à la sortie des cours, encore chamboulées par « cette semaine de fous ».
#JenesuispasCharlie, c’est aussi le hashtag qui a commencé à apparaître sur Twitter, ces dernières heures, comme un contre-pied, en fait une provocation, face la mobilisation suscitée par l’attentat contre Charlie Hebdo, mercredi 7 janvier. Que se serait-il passé si la minute de silence avait rendu hommage aux quatre morts de clients de l’épicerie casher de Vincennes.

blog -Charb et Mahomet egorge-dessin de Charlie hebdo
Incitation à la haine et à la violence

Le journal Le Monde rapporte que la plupart des élèves croisés vendredi après-midi à Saint-Denis approuvent ces refus. S’ils condamnent d’abord l’assassinat des caricaturistes, ils dénoncent aussi leurs caricatures. Pour tous, la vie est sacrée, mais la religion aussi. «  Moi, la minute de silence, je ne voulais pas trop la faire, lâche une soi-disant Marie-Hélène, 17 ans, je ne trouvais pas juste de leur rendre un hommage car ils ont insulté l’islam, et les autres religions aussi.« , à en croire ce témoignage anonyme, selon Le Monde.
Un certain Abdel, 14 ans, collégien à Pierre-de-Geyter, n’est pas à l’unisson de la presse solidaire de ses confrères. « Bien sûr que tout le monde a participé à la minute de silence, et il y avait tous les musulmans », insiste-t-il. Mais il ne cache pas sa motivation :  » Je l’ai fait pour ceux qui ont été tués, mais pas pour Charlie [Charb], le mec qui a dessiné. Je n’ai aucune pitié pour lui. Il a zéro respect pour nous, les musulmans. Mais ce n’était pas la peine de tuer douze personnes. Ils auraient pu ne tuer que lui. »

Charb est l’un des dessinateurs de Charlie hebdo, victimes des djihadistes de France

Plus urgent que la « théorie du genre ». La ministre de l’Education, Najat Vallaud-Belkacem, a rencontré aujourd’hui l’ensemble de la communauté éducative et universitaire pour « préparer une mobilisation renforcée de l’école pour les valeurs de la République ». Elle réunira demain l’ensemble des recteurs d’académie.

Reste la nécessité d’un contrôle des activités religieuses de la communauté musulmane, dont les prêches des imams des mosquées et l’enseignement des écoles coraniques (plus de 50 en 2014).
C’est la mission républicaine du ministricule de l’Intérieur, Nanard Cazeneuve.

 

« Il n’y a pas lieu de s’apitoyer sur les journalistes (…) », selon Rokhaya Diallo

Manifeste de 2011 après les caricatures de Mahomet et l’incendie de Charlie Hebdo

La Liberté D’Expression N’Est Pas À Défendre : Elle Est À Conquérir

Sébastien Fontenelle avait publié ce texte le 5 novembre 2011 dans Politis
(Le collectif signataire de ce texte est composé de Saïd Bouamama, Youssef Boussoumah (PIR et militant de la cause palestinienne), Houria Bouteldja (appointée par l’Institut du monde arabe, présidé par Jack Lang, et pourtant auteure de l’ « ouvrage » ci-contre), Henri Braun, Abdelaziz Chaambi, Ismahane Chouder, Olivier Cyran, Christine Delphy, Thomas Deltombe, Rokhaya Diallo, Sébastien Fontenelle, Nawel Gafsia, Laurent Lévy, Hassina Mechaï, Ndella Paye, Faysal Riad, Arielle Saint Lazare, Karim Tbaili, Pierre Tevanian, Sylvie Tissot, et Najate Zouggari.)
Sont-ils les invités de Julien Dray et défileront-ils dimanche?

Parce que la liberté d’expression est pour nous un principe précieux, nous refusons catégoriquement l’instrumentalisation bouffonne et intéressée qui en est actuellement faite par le couple Guéant-Charb, par la classe politique et par les grands médias.
Nous affirmons :

• qu’un cocktail molotov lancé la nuit dans des locaux vides et n’occasionnant que des dégâts matériels ne mérite pas une mobilisation médiatique et politique supérieure à celle, pour le moins discrète, qu’occasionne l’incendie ou la mise à sac d’une mosquée ou d’un cimetière musulman.

• que la disproportion entre les unes alarmistes sur l’incendie de Charlie Hebdo et les brèves de dix lignes sur les saccages de lieux de culte musulmans entretient une vision du monde raciste : si un saccage est plus grave qu’un autre, c’est que les biens des uns sont plus précieux que les biens des autres, et c’est en définitive que les uns valent plus que les autres.

• que le climat d’état d’urgence et d’union sacrée qui s’instaure aujourd’hui autour de Charlie Hebdo est d’autant plus odieux qu’il tombe au même moment qu’un silence et une indifférence quasi générale face à un autre incendie, lui aussi parisien, lui aussi d’origine criminelle, à ceci près qu’il visait un bâtiment occupé par des Roms et qu’il a entraîné une mort d’homme : Ion Salagean.

• que Charlie Hebdo, en acceptant la visite intéressée de Claude Guéant, qui incrimine avec empressement des « extrémistes musulmans », en l’absence du moindre élément de preuve, participe, comme il l’a déjà fait dans le passé en publiant des articles ou des dessins antimusulmans, à la confusion générale, à la sarkozisation et à la lepénisation des esprits.

• qu’il n’y a pas lieu de s’apitoyer sur les journalistes de Charlie Hebdo, que les dégâts matériels seront pris en charge par leur assurance, que le buzz médiatique et l’islamophobie ambiante assureront certainement à l’hebdomadaire, au moins ponctuellement, des ventes décuplées, comme cela s’était produit à l’occasion de la première « affaire des caricatures » – bref : que ce fameux cocktail molotov risque plutôt de relancer pour un tour un hebdomadaire qui, ces derniers mois, s’enlisait en silence dans la mévente et les difficultés financières.

• que, contrairement à ce qui dit et se répète jusqu’à la nausée à la faveur de ce nouveau buzz antimusulman, la liberté de critiquer l’islam est tout sauf menacée, et que toute personne dotée d’un minimum de bon sens peut même constater, en inspectant semaine après semaine la devanture de son kiosque ou les programmes de télévision, que concernant l’islam, non seulement la critique mais aussi la caricature et l’injure prospèrent en toute tranquillité et en toute bonhomie depuis au moins une décennie.

• qu’en revanche, il est une liberté d’expression qui est bel et bien menacée, et même plus d’une : celle pour commencer des femmes qui voudraient s’habiller comme bon leur semble, sans qu’un État national-laïque [laïc] leur impose par la loi un dress-code de bonne musulmane cheveux aux vents ; celle de ces mêmes femmes lorsqu’elles voudraient faire entendre leur ras-le-bol des regards, injures et discriminations qu’elles subissent quotidiennement au motif qu’elles portent un foulard ; celle des sans-papiers qui aimeraient avoir la parole et informer le public sur la réalité de leurs conditions de vie ; celle des SDF, des chômeurs, des précaires, qui sont les perpétuels recalés de l’espace public officiel – cet espace de « libre expression » qu’il s’agirait aujourd’hui de défendre, main dans la main avec Charb, Luz, Riss et leurs supporteurs [Claude Guéant, Ivan Rioufol et Marine Le Pen].

• que les leçons de tolérance adressées par l’élite blanche aux musulmans, présumés coupables de l’incendie, sont pour le moins malvenues puisque, contrairement à ce qui se dit et se répète, le délit de blasphème existe en France : depuis les lois Sarkozy de 2003, de très lourdes amendes et peines de prison sont prévues contre toute « offense au drapeau ou à l’hymne national ».

• que la liberté d’expression consiste à donner la parole aussi à la masse de celles et ceux, musulmans ou pas, qui n’éprouvent absolument aucune sympathie pour Charlie Hebdo, y compris « dans ce moment difficile », à toutes celles et ceux qui n’ont, depuis des années, aucun espace dans les grands médias pour dire leur écoeurement face à la nouvelle marque de fabrique de cet hebdomadaire : un anticléricalisme primaire doublé d’une obsession islamophobe.

• que, pour commencer, la liberté d’expression consisterait, pour que les amis de Charlie Hebdo retrouvent une once d’honneur, à donner abondamment la parole aux proches de Ion Salagean, à ses amis résidents du 163 rue des Pyrénées, et plus largement aux Roms qui subissent depuis de nombreux mois, et depuis bien plus longtemps en fait, le plus brutal et le plus assumé des racismes d’État.
P.-S.

Saïd Bouamama estsociologue et militantantiraciste ; Youssef Boussoumah et Houria Bouteldja (sa compagne franco-algérienne) sont membres du Parti des Indigènes de la République ;Abdelaziz Chaambi est porte parole du Collectif contre le racisme et l’islamophobie ; Ismahane Chouder et Ndella Paye sont membres duCollectif des Féministes Pour l’Egalité, de Mamans Toutes égales et de Participation et Spiritualité musulmanes ; Christine Delphy est sociologue et militante féministe ; Olivier Cyran, Thomas Deltombe, Rokhaya Diallo (photo ci-dessus: suggestion que Marianne devrait être blanche…), Sébastien Fontenelle et Hassina Mechaï sont journalistes ; Henri Braun et Nawel Gafsia sont avocats ; Sylvie Tissot est sociologue et militante féministe ; Arielle Saint Lazare est militante féministe ; Laurent Lévy, Faysal Riad, Karim Tbaili, Pierre Tevanian et Najate Zouggari sont militants antiracistes.

« Il n’y a pas lieu de s’apitoyer sur les journalistes (…) », selon Rokhaya Diallo (PIR)

Manifeste de 2011 après les caricatures de Mahomet et l’incendie de CharlieHebdo

La Liberté D’Expression N’Est Pas À Défendre : Elle Est À Conquérir

Sébastien Fontenelle avait publié ce texte le 5 novembre 2011 dans Politis
(Le collectif signataire de ce texte est composé de Saïd Bouamama, Youssef Boussoumah (PIR et militant de la cause palestinienne), Houria Bouteldja (appointée par l’Institut du monde arabe, présidé par Jack Lang, et pourtant auteure de l’ « ouvrage » ci-contre), Henri Braun, Abdelaziz Chaambi, Ismahane Chouder, Olivier Cyran, Christine Delphy, Thomas Deltombe, Rokhaya Diallo, Sébastien Fontenelle, Nawel Gafsia, Laurent Lévy, Hassina Mechaï, Ndella Paye, Faysal Riad, Arielle Saint Lazare, Karim Tbaili, Pierre Tevanian, Sylvie Tissot, et Najate Zouggari.)
Sont-ils les invités de Julien Dray et défileront-ils dimanche?

Parce que la liberté d’expression est pour nous un principe précieux, nous refusons catégoriquement l’instrumentalisation bouffonne et intéressée qui en est actuellement faite par le couple Guéant-Charb, par la classe politique et par les grands médias.
Nous affirmons :
• qu’un cocktail molotov lancé la nuit dans des locaux vides et n’occasionnant que des dégâts matériels ne mérite pas une mobilisation médiatique et politique supérieure à celle, pour le moins discrète, qu’occasionne l’incendie ou la mise à sac d’une mosquée ou d’un cimetière musulman.
• que la disproportion entre les unes alarmistes sur l’incendie de Charlie Hebdo et les brèves de dix lignes sur les saccages de lieux de culte musulmans entretient une vision du monde raciste : si un saccage est plus grave qu’un autre, c’est que les biens des uns sont plus précieux que les biens des autres, et c’est en définitive que les uns valent plus que les autres.
• que le climat d’état d’urgence et d’union sacrée qui s’instaure aujourd’hui autour de Charlie Hebdo est d’autant plus odieux qu’il tombe au même moment qu’un silence et une indifférence quasi générale face à un autre incendie, lui aussi parisien, lui aussi d’origine criminelle, à ceci près qu’il visait un bâtiment occupé par des Roms et qu’il a entraîné une mort d’homme : Ion Salagean.
• que Charlie Hebdo, en acceptant la visite intéressée de Claude Guéant, qui incrimine avec empressement des « extrémistes musulmans », en l’absence du moindre élément de preuve, participe, comme il l’a déjà fait dans le passé en publiant des articles ou des dessins antimusulmans, à la confusion générale, à la sarkozisation et à la lepénisation des esprits.
• qu’il n’y a pas lieu de s’apitoyer sur les journalistes de Charlie Hebdo, que les dégâts matériels seront pris en charge par leur assurance, que le buzz médiatique et l’islamophobie ambiante assureront certainement à l’hebdomadaire, au moins ponctuellement, des ventes décuplées, comme cela s’était produit à l’occasion de la première « affaire des caricatures » – bref : que ce fameux cocktail molotov risque plutôt de relancer pour un tour un hebdomadaire qui, ces derniers mois, s’enlisait en silence dans la mévente et les difficultés financières.
• que, contrairement à ce qui dit et se répète jusqu’à la nausée à la faveur de ce nouveau buzz antimusulman, la liberté de critiquer l’islam est tout sauf menacée, et que toute personne dotée d’un minimum de bon sens peut même constater, en inspectant semaine après semaine la devanture de son kiosque ou les programmes de télévision, que concernant l’islam, non seulement la critique mais aussi la caricature et l’injure prospèrent en toute tranquillité et en toute bonhomie depuis au moins une décennie.
• qu’en revanche, il est une liberté d’expression qui est bel et bien menacée, et même plus d’une : celle pour commencer des femmes qui voudraient s’habiller comme bon leur semble, sans qu’un État national-laïque [laïc] leur impose par la loi un dress-code de bonne musulmane cheveux aux vents ; celle de ces mêmes femmes lorsqu’elles voudraient faire entendre leur ras-le-bol des regards, injures et discriminations qu’elles subissent quotidiennement au motif qu’elles portent un foulard ; celle des sans-papiers qui aimeraient avoir la parole et informer le public sur la réalité de leurs conditions de vie ; celle des SDF, des chômeurs, des précaires, qui sont les perpétuels recalés de l’espace public officiel – cet espace de « libre expression » qu’il s’agirait aujourd’hui de défendre, main dans la main avec Charb, Luz, Riss et leurs supporteurs [Claude Guéant, Ivan Rioufol et Marine Le Pen].
• que les leçons de tolérance adressées par l’élite blanche aux musulmans, présumés coupables de l’incendie, sont pour le moins malvenues puisque, contrairement à ce qui se dit et se répète, le délit de blasphème existe en France : depuis les lois Sarkozy de 2003, de très lourdes amendes et peines de prison sont prévues contre toute « offense au drapeau ou à l’hymne national ».
• que la liberté d’expression consiste à donner la parole aussi à la masse de celles et ceux, musulmans ou pas, qui n’éprouvent absolument aucune sympathie pour Charlie Hebdo, y compris « dans ce moment difficile », à toutes celles et ceux qui n’ont, depuis des années, aucun espace dans les grands médias pour dire leur écoeurement face à la nouvelle marque de fabrique de cet hebdomadaire : un anticléricalisme primaire doublé d’une obsession islamophobe.
• que, pour commencer, la liberté d’expression consisterait, pour que les amis de Charlie Hebdo retrouvent une once d’honneur, à donner abondamment la parole aux proches de Ion Salagean, à ses amis résidents du 163 rue des Pyrénées, et plus largement aux Roms qui subissent depuis de nombreux mois, et depuis bien plus longtemps en fait, le plus brutal et le plus assumé des racismes d’État.
P.-S.

Saïd Bouamama estsociologue et militantantiraciste ; Youssef Boussoumah et Houria Bouteldja (sa compagne franco-algérienne) sont membres du Parti des Indigènes de la République ;Abdelaziz Chaambi est porte parole du Collectif contre le racisme et l’islamophobie ; Ismahane Chouder et Ndella Paye sont membres duCollectif des Féministes Pour l’Egalité, de Mamans Toutes égales et de Participation et Spiritualité musulmanes ; Christine Delphy est sociologue et militante féministe ; Olivier Cyran, Thomas Deltombe, Rokhaya Diallo (photo ci-dessus: suggestion que Marianne devrait être blanche…), Sébastien Fontenelle et Hassina Mechaï sont journalistes ; Henri Braun et Nawel Gafsia sont avocats ; Sylvie Tissot est sociologue et militante féministe ; Arielle Saint Lazare est militante féministe ; Laurent Lévy, Faysal Riad, Karim Tbaili, Pierre Tevanian et Najate Zouggari sont militants antiracistes.