Migrants : les chefs d’Etats européens, dont Macron, vont tenter d’accorder leurs violons humanitaires

Les dirigeants des pays de l’UE vont tenter de surmonter leurs divisions face au risque de submersion par les flux migratoires

blog -Macron-Merkel-embarras commun sur sujet migrants-Bruxelles-juin2018.jpgCe jeudi à Bruxelles, a lieu un sommet sous tension durant lequel Macron va défendre des mesures qui ne sont pas appréciées par l’ensemble de ses voisins. S’il ne s’agit pas du seul thème qui sera abordé – le Brexit, les liens commerciaux avec les Etats-Unis ou le budget de la zone euro, entre autres -, durant deux jours, la crise migratoire devrait diviser les chefs d’Etats, car les 28 avancent en ordre dispersé, chacun ayant à l’esprit des propositions différentes concernant le devenir des migrants déjà sur le sol européen. Quelles sont celles de la France ? 

« Est ce que nous voulons des solutions nationales ou des solutions européennes de coopération ? », a interrogé Emmanuel Macron à son arrivée au sommet.

Des « centres fermés » à l’intérieur de l’UE.<br>Le projet a récemment été proposé par la France, et soutenu par l’Espagne. Il s’agirait de créer des « centres fermés » dans l’UE dans lesquels les migrants attendraient l’examen de leur cas. Ces centres permettraient théoriquement de traiter rapidement les demandes d’asile dans des lieux financés avec des moyens européens, d’où une répartition solidaire de ces personnes dans l’UE pourrait être organisée, plaide Macron. <br>Quant aux migrants économiques, ils pourraient être renvoyés directement vers leur pays d’origine. Selon l’Elysée, Paris et Madrid proposent d’installer ces centres essentiellement en Italie, sachant que ses dirigeants les refusent catégoriquement, mais aussi en Espagne, tandis que la France ne serait pas concernée…

Mais le ‘hic’, c’est que la proposition franco-espagnole a été très mal reçue à Rome. On aura compris que c’est le but recherché par les hypocrites… « Si l’arrogance française pense transformer l’Italie en camp de réfugiés pour toute l’Europe, peut-être en versant quelques euros de pourboire, elle se fourvoie complètement« , a logiquement réagi l’homme fort du gouvernement italien, le ministre de l’Intérieur Matteo Salvini, dont la coalition gouvernementale n’a pas été élue pour ça. Jusqu’ici les migrants qui arrivent en Europe ne doivaient pas obligatoirement passer par des centres, ni ouverts ni fermés. S’il existe des « hotspots » en Grèce, généralement non fermés, il n’en existe pratiquement aucun en Italie, pays de transit permanent depuis la Sicile, qui jusqu’ici les refusait aux passeurs de l’humanitaire facile, pour des questions de souveraineté. 

Empêcher les arrivées. <br>La résistance aux arrivées irrégulières est l’un des seuls consensus européens et elle devrait être confirmée au cours du sommet. Notamment en intensifiant les pressions sur les pays d’Afrique afin qu’ils freinent les départs et acceptent plus de réadmissions de leurs ressortissants refusés par l’UE. <br>Les Européens semblent également prêts à poursuivre le renforcement de l’Agence européenne des gardes-frontières, dont la Commission propose de faire une « véritable police des frontières » de l’UE, forte sur le papier de 10.000 agents (contre 1.300 en 2018).

Outre leur lieu d’implantation, reste à régler la question du financement des centres fermés, encore moins consensuelle, comme le montrent les difficultés à mobiliser les fonds promis à la Turquie.

Autre obstacle dressé par les associations, celui du respect des droits.

Il ne s’agit évidemment pas des droits des peuples européens. Bien que supranationales et illégitimes face aux Etats souverains, six « ONG » (ou assimilées) ont en effet accusé jeudi la France de violations à la frontière avec l’Italie. Ainsi, en deux jours, elles disent avoir vu des migrants enfermés dans un local de la police aux frontières de Menton jusqu’à 14 heures d’affilée avant leur reconduite en Italie, « dépassant largement la durée de 4 heures jugée admissible par le Conseil d’Etat en juillet 2017 ». Elles assurent aussi avoir constaté « des contrôles [qu’elles jugent]  au faciès », pourtant prohibés, dans les trains en provenance de Vintimille.

La Cimade, qui avoue avoir bénéficié de fuites de chiffres officiels, a elle aussi dénoncé cette semaine un bond des refus d’entrée en France : le nombre de « non-admissions » s’est élevé l’an dernier à 85.408, soit 34% de plus qu’en 2016 (63.845 refus d’entrée), assure l’association sur la base de chiffres de la police aux frontières. En 2015, année du rétablissement des contrôles aux frontières, 15.849 non-admissions avaient été prononcées.

Résoudre les « mouvements secondaires » que les ONG et passeurs n’assument pas non plus. A l’issue du mini-sommet qui s’est déroulé dimanche dernier à Bruxelles, Emmanuel Macron et Angela Merkel ont mis l’accent sur la nécessité de résoudre le problème des « mouvements secondaires », à savoir des demandeurs d’asile qui se déplacent dans l’UE, au lieu de rester dans le pays par lequel ils sont entrés dans l’attente d’une décision sur leur cas: ce sont notamment les adeptes du  « benchmarking » qui choisissent leur point de chute au « faciès social » des états membres de l’UE. <br>Si la France s’est positionnée sur le sujet, c’est notamment en soutien à la chancelière, dont le ministre de l’Intérieur menace d’instaurer un refoulement unilatéral aux frontières. Pour éviter la mise en péril du fragile équilibre gouvernemental allemand, les deux pays devraient prôner au sommet de nouer des accords entre plusieurs pays pour pouvoir procéder à des renvois rapides.

 

Migrants: l’Italie dénonce les « leçons hypocrites » de Macron

Macron tend les relations entre la France et l’Italie

blog -Salvini Matteo doigt pointé.jpgL’Italie lundi et la France mardi s’accordent pourtant pour ne pas accueillir les 629 migrants entre les mains des passeurs (humanitaires !) de l’Aquarius affrété par ‘SOS Méditerranée’, un consortium d’associations radicales de trois pays qui fait pression sur les Européens pour imposer des clandestins aux populations récalcitrantes, bien que la Syrie ne soit plus officiellement en guerre.  

Macron n’a pas hésité à dénoncer le « comportement » du gouvernement italien. 

Emmanuel Macron avait dénoncé la « part de cynisme et d’irresponsabilité du gouvernement italien », mardi et en Conseil des ministres, en termes peu diplomatiques et, qui plus est, entre partenaires européens.  

C’était ce mardi, après 48 heures de black-out à l’Elysée. Le sort de l’Aquarius crée ainsi de fortes dissensions jusqu’au cour de La République en marche, où plusieurs députés LREM reprochent à l’exécutif son attentisme, voire son « indifférence ».

A bord de l’Aquarius, mais aussi du Dattilo et de l’Orione, SOS Méditerranée assure le passage en Espagne où le nouveau premier ministre socialiste Pedro Sanchez crée un appel d’air  en proposait le port de Valence, tandis que Macron estime, lui, que «la France prend plus que sa part» dans l’accueil de clandestins.

L’Italie ne s’en laisse pas conter

Photo ALBERTO PIZZOLI/AFPMattéo Salvini a répondu vertement à Macron qu’il n’a pas de « leçons » à recevoir, selon une note de la présidence du Conseil citée par des media italiens.

Le ministère italien des Affaires étrangères a, quant à lui, jugé les déclarations de la France « surprenantes » et convoqué l’ambassadeur français à Rome. « Les déclarations concernant (le navire humanitaire) Aquarius qui proviennent de la France sont surprenantes », ajoute cette note, avant de souligner que « l’Italie ne peut accepter de leçons hypocrites d’un pays ayant préféré détourner la tête en matière d’immigration« .

Dans la foulée, le ministre italien de l’Economie a annulé sa rencontre avec son homologue français, Bruno Le Maire, prévue ce mercredi.

L’Italie rappelle qu’elle fourni un effort inégalé en Europe 

PLUS DE 900 MIGRANTS ONT DÉBARQUE EN SICILE, CE MERCREDI

Des réfugiés à Grande-Synthe en septembre.

Plus de 900 migrants qui se trouvaient à bord d’un navire des gardes-côtes italiens ont débarqué ce mercredi 13 au matin dans le port sicilien de Catane.

Ces arrivées interviennent au lendemain du départ vers l’Espagne du navire humanitaire Aquarius de SOS Méditerranée, qui était resté avec 629 immigrés à bord en stand-by pendant plus de 72 heures, l’Italie et Malte – où, avec Joseph Muscat, 39 ans, le parti travailliste exerce le pouvoir, depuis 2013 a refusé d’ouvrir à nouveau leurs ports.

L'Aquarius transporte 629 migrants à bord. Photo KARPOV/AFP

La majeure partie des 900 migrants débarqués à Catane se sont déclarés Erythréens. Le bateau transportait également environ 200 mineurs (isolés ?), dont le plus petit est un bébé de trois mois, instrumentalisé par la propagande de l’ONG Save the Children, qui ne considère pas un instant que les parents ont pris un risque considérable et qui n’engage qu’eux… La marche à travers le désert peut prendre plus d’un mois. La traversée en bateau de Libye vers l’Italie coûte environ 1.500 dinars libyens par personne, plusieurs milliers de dollars d’Erythrée à Marseille. Si le candidat à l’émigration n’a pas les moyens de payer, les passeurs le font travailler gratuitement pour eux, pendant des mois, avant de l’autoriser à embarquer. Le périple  d’un clandestin de l’Erythrée à la France, en passant par la Libye et l’Italie, est estimé à huit mois. Les enfants sont donc conçus en cours de voyage, par économie, et en sorte que la naissance ait lieu en Union européenne.
A noter au passage que, depuis
 décembre 2016, les belles âmes de Save the Children sont pointées par Frontex, l’agence européenne responsable de la coordination des activités des garde-frontières dans le maintien de la sécurité des frontières de l’Union avec les États non-membres, pour collusion avec les passeurs de clandestins en Méditerranée. 

Quelque 800 de ces migrants seront transférés dans d’autres régions italiennes, a précisé la préfecture de police locale. En attendant que ces clandestins fassent du « benchmarking » en Union européenne.

Macron met le ‘souk’ en Europe

Illustration.« Si les excuses officielles n’arrivent pas, le Premier ministre Conte fera une bonne chose en n’allant pas en France«  pour le sommet prévu vendredi, a déclaré Matteo Salvini à la mi-journée.
En fin de matinée, le ministre italien de l’Intérieur Salvini a appelé  Macron à faire preuve de « générosité » dans l’accueil des migrants, jugeant que la France n’a pas respecté ses engagements en ministère des Affaires étrangères français.

Intervenant devant le Sénat italien, il a rappelé que la France s’était engagée à accueillir plus de 9 000 migrants arrivés ces dernières années en Italie mais qu’elle n’en avait accueilli que 640, officiellement. Il a donc invité Macron à « passer de la parole aux actes et à donner un signal de générosité » en accueillant ces migrants.

« Si les excuses officielles n’arrivent pas, il vaudrait mieux annuler la rencontre prévue entre le président français et le chef du gouvernement italien, Giuseppe Conte fera une bonne chose en n’allant pas en France » pour le sommet prévu vendredi, a déclaré Matteo Salvini à la mi-journée.

 

 

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