Législative partielle dans le Doubs: le PS refait le coup d’un « front républicain »

Le PS sera-t-il sanctionné pour son manque de respect pour les électeurs d’opposition ?

Cambadélis discrimine les électeurs du FN : des sous-citoyens ?

Chard, alias Françoise Pichard, dessinatrice (Rivarol)

Pour faire barrage au FN, le Premier secrétaire coopté du Parti socialiste a lancé un appel solennel à un « front républicain » dans le Doubs. Le candidat socialiste Frédéric Barbier est arrivé deuxième derrière la candidate du Front national, Sophie Montel, arrivée en tête de l’élection législative partielle dans la 4e circonscription du Doubs.

« Aujourd’hui il faut battre le Front national,
or, ce n’est pas fait;
je crois qu’il faut la mobilisation de tous, de tous les partis républicains. »

Quand le socialiste est seul face au FN, faut-il systématiquement que les autres candidats se liguent, tous contre un(e), au second tour, comme dimanche prochain, 8 février? Est-ce l’esprit républicain de la démocratie ?

La notion de « Front républicain » est due à Jean-Jacques Servan-Schreiber, lorsque la Parti socialiste (SFIO) voulait une coalition électorale de centre gauche pour l’occasion, des élections législatives, celles de janvier 1956 afin de contrer le mouvement poujadiste… Ce Front républicain-là visait à trouver une solution négociée à la guerre d’Algérie.
blog -respect plus puissant que la violenceL’expression fut reprise entre les deux tours de la présidentielle de 2002 pour constituer une coalition des partis de gouvernement contre le Front national. Cette position se révéla efficace, puisque Jean-Marie Le Pen eut le même pourcentage de voix aux deux tours, 17%, tandis que Jacques Chirac l’emportait avec 82% des voix.

Faut-il toujours qu’à chacune de ses difficultés électorales, la droite et le centre tombent dans le piège de ce subterfuge socialiste ?  L’UMP ne doit pas se laisser envahir par la déception. En effet, en juin 2012, elle était déjà troisième, les socialistes ont perdu entre-temps 12 points, et en Corse du Sud, un proche de N. Sarkozy vient de  brillamment remporter la municipale d’Ajaccio.
L’UMP n’a pas encore pris sa décision sur la consigne de vote, et se réunira en bureau national mardi 3 février avant de rendre sa décision publique.

Egalement grave, l’exclusion du parti distingué par le plus grand nombre d’électeurs

Les électeurs du FN sont-ils des Rom?

En mai 2014 à quatre jours des élections européennes dans le Doubs, Jean-Christophe Cambadélis avait lancé : « je ne pense pas que le Front National sera en tête dimanche. En tout cas je ne le souhaite pas« , en estimant de surcroît que « dans cette élection, le vote FN est un vote inutile« . Or, tandis que du côté de la majorité socialiste, la déroute fut cinglante, ce fut bien une vague Front national qui submergea la France à l’occasion de ces élections européennes: les listes PS-PRG recueillirent 13,97% des voix et les chefs de file du Front National, Florian Philippot dans le Grand Est et Jean-Marie Le Pen dans le Sud-Est, se classèrent eux aussi nettement en tête.

IAM, « sectaires et intolérants », selon le maire d’Orange.
Et le Parti socialiste ?

La gauche elle-même reproche au PS son hégémonisme. Mais, s’agissant des électeurs du FN, des citoyens respectables, le premier secrétaire est offensant. L’ostracisme que Cambadélis recommande contre ces Français est une atteinte à la démocratie. L’ancien trotskiste fait resurgir son ADN communiste révolutionnaire. Les électeurs de la gauche marxisante sont-ils plus respectables que la droite nationaliste? Entre les soupçons de totalitarisme pesant sur les uns et de nazisme sur les autres, la différence est mince, d’un camp de concentration l’autre, à l’Est ou à l’Ouest. Cambadélis sélectionne les Français: ceux qui se dirigeront à gauche seraient sauvés, ceux qui s’orienteront à droite seraient acheminés vers les camps ? Propos indignes du numéro un socialiste.

Il appartient à l’UMP de se démarquer du discours de haine du PS

Le président de l’UMP est confronté à un double défi : préserver l’unité de son parti face au FN et rétablir son image de rempart anti-Le Pen, écornée par ce premier tour. Nicolas Sarkozy est face à plusieurs solutions, dont aucune n’est totalement satisfaisante pour lui : appeler à contrer le parti de Marine le Pen, quitte à renforcer le spectre de « l’UMPS » qu’elle brandit sans relâche, ou bien poursuivre dans le « ni-ni » en s’attirant de nouvelles accusations de coup de canif dans l’union nationale du 11 janvier, ou apparaître comme celui qui regarde passer les balles en refusant toute consigne de vote.

Des ténors du principal parti de droite ont déjà fait connaître leur préférence.

Gérald Darmanin, qui fut porte-parole de la campagne interne de Nicolas Sarkozy, résume ce qui devrait emporter une majorité de l’UMP, mardi: «je ne choisis pas entre le FN et le PS». Entre «le FN et le parti qui fait monter le FN», ironise l’ex-ministre Luc Chatel.

Alors que le bureau politique de l’UMP se réunit mardi pour arrêter sa position, dès lundi, la numéro deux du parti, Nathalie Kosciusko-Morizet, a réaffirmé qu’elle campe sur ses positions : faire barrage au FN. Celle qui revendique sa «liberté de parole», voterait PS, à «titre personnel», si elle était concernée.

Pas de consigne de vote  ?  Ils ne sont pas très nombreux sur cette ligne, hormis Dominique Bussereau, proche de l’ancien chef de gouvernement Jean-Pierre Raffarin.

A l’opposé de NKM, le numéro trois du parti Laurent Wauquiez refuse lui aussi d’appeler à voter PS et, à titre personnel, voterait « blanc », a-t-il précisé.
« Chacun peut avoir une position personnelle, l’UMP n’est pas un parti caporaliste. Il y aura une position collégiale, pas forcément unanime », a résumé le porte-parole du parti Sébastien Huyghe.

L’effet Moscovici dans le Doubs: le PS recule devant le FN

La législative partielle qui confirme le rejet du PS

La 4e circonscription du Doubs, celle de Moscovici, ex-ministre de l’Economie de Hollande, risque de passer au FN

Inversion des tendances PS-FN entre 2012 et 2015

En 2012, Pierre Moscovici (PS), c’était 40,81% des suffrages exprimés au 1er tour, quand le FN atteignait 23,87% et l’UMP 23,21%. L’abstention était à 39,50%.

En 2015, le FN double largement le PS avec 32,6% des voix contre 28,85% au candidat du PS, l’UMP gagnant quelques points, à 26,54%, devant les dix autres candidats qui totalisent près de 12% des votes. Le taux d’abstention reste très élevé (60,44 %), comme en 2012: seuls 39,56 % des électeurs se sont déplacés jusqu’aux urnes ce dimanche 1er février 2015.

Selon les résultats communiqués par la préfecture du Doubs, la candidate FN Sophie Montel (32,6%) devance le candidat PS Frédéric Barbier (28,85%), et tous deux seront les seuls à pouvoir se présenter au second tour, la qualification pour le second tour exigeant de réunir au moins 12,5% des voix des inscrits.

Les enseignements du 1er tourblog -Doubs-elections-resultats-presidentielle 2012-europeennes 2014

Le PS perd près de 12 points, tandis que le FN en gagne plus de 8,5.

Le retour de balancier n’est pas encore engagé après 12 défaites aux 13 législatives partielles depuis 2012, dont six fois dès le premier tour. La descente aux enfers du PS n’est donc pas stoppée. Comme le montre le graphique ci-dessus, la surprise du PS est grande au vu de son résultat du 1er février, alors qu’il était en chute libre dans le département lors des Européennes de 2014, avec le syndicaliste CFDT Edouard Martin(14,14%) contre l’UMP Nadine Morano (24,39%) et le FN Florian Philippot (26,77%).
D’autant que, ce dimanche, Laurent Marcangeli, le député UMP de Corse-du-Sud, a remporté la municipale partielle d’Ajaccio avec 59,5% des voix, battant l’ancien maire DVG Simon Renucci (40,5%).

En deux ans et demi, le PS a ainsi perdu douze points dans cette circonscription du Doubs longtemps acquise au socialiste Pierre Moscovici, parti siéger à la Commission européenne à Bruxelles.
Revigoré par la remontée du gouvernement dans les sondages à chaud, après la réussite des forces de police antiterroriste face aux attentats sanglants de djihadistes de France à Paris, et par la manifestation d’unité républicaine dans la réprobation générale du terrorisme, le 11 janvier, le PS espère pouvoir surfer sur les circonstances. Malgré son score inférieur de 13 points ce dimanchele Parti socialiste espère rassembler les électeurs de gauche sur son candidat au second tour, alors qu’à Paris Cécile Duflot tourne le dos au PS et que le NPA refuse tout accord électoral avec le Front de gauche des communistes et de Mélenchon…

L’effet Syriza apparaît nul sur le Front de gauche

Manuel Valls, le premier ministre, a fait campagne pour son candidat PS dans le Doubs
mais la CGT-mines et énergie a plongé la salle du meeting
dans le noir…

Autre effet escompté, celui d’une éventuelle influence sur l’électorat du Doubs de la victoire en Grèce du parti d’extrême gauche Syriza, saluée par Mélenchon et le PCF. Vincent Adami, le candidat du Front de Gauche, espérait bénéficier d’un surcroît de mobilisation en obtenant le soutien affiché du parti d’Alexis Tsipras au lendemain d’une manifestation monstre du parti anti-austérité espagnol Podemos.
Il n’en a rien été. Le Front de Gauche n’a guère progressé par rapport à 2012 en attirant à peine 3,66% des suffrages exprimés. Soit à peine 0,5 point de plus qu’il y a deux ans et demi. Dans la soirée, le Front de Gauche n’avait toujours pas donné de consigne de vote pour le second tour. Les écologistes radicaux d’Europe-Ecologie Les Verts, qui a stagné à 3,11% des voix, a immédiatement appelé à voter pour le candidat socialiste face au Front national.

Manuel Valls travaille le dimanche pour faire campagne dans le Doubs.
Mais les démocrates de la CGT lui coupent l’électricité et
Manu prend son mal en patience dans son coin, à droite…

La prochaine législative partielle

Elle doit être organisée dans l’Aveyron pour pourvoir au remplacement d’Alain Marc, vice-président du Conseil général de l’Aveyron, élu au Sénat à compter du 1er octobre 2014. Le maire PS de Saint-Affrique, Alain Fauconnier, a déposé un recours auprès du Conseil constitutionnel concernant l’élection en tant que sénateurs de Jean-Claude Luche (UDI) et Alain Marc (Parti radical valoisien), deux sièges jusqu’ici détenus par la gauche. Les électeurs seront convoqués une fois purgés les contentieux électoraux relatifs à l’élection sénatoriale.

Hollande pourra-t-il aller au bout de son mandat ?

Une majorité battue à deux scrutins reste-t-elle légitime?  
Et son président à 3% dans un sondage ?
Media et politiques s’interrogent. 

Christian Delporte décrypte la situation après les échecs du PS aux européennes: et si François Hollande n’allait pas au bout de son mandat ?

Invité de BFM-TV au lendemain de la débâcle des européennes, François Bayrou a eu un sursaut de désir d’avenir, lâchant « François Hollande n’ira pas au bout de son mandat. Il va y avoir un coup de foudre d’ici là. On ne peut pas durer trois ans dans la situation où on se trouve. »

Selon une étude OpinionWay réalisée en exclusivité pour Le Figaro Magazineles Français ne sont plus que 3% à préférer François Hollande comme candidat du PS à la prochaine présidentielle de 2017. En dépit de la force des institutions, l’hypothèse de voir François Hollande démissionner est-elle désormais crédible?

La démission du leader qui n’a plus la confiance du peuple est une vieille question, théorisée par…les bolcheviks ! Sur le plan institutionnel, rien n’oblige François Hollande à partir. L’impopularité mesurée par les sondages (même si l’actuel Président bat des records, sur ce plan) ou l’échec aux élections intermédiaires ne suffiront pas, sauf s’il en décidait lui-même ainsi, à le pousser à la démission. A cet égard, ses prédécesseurs ont eu la même attitude. Seule une situation exceptionnelle de chaos (manifestations et grèves massives, pays bloqué, violences…) pourrait l’y conduire. Nous n’en sommes pas là. Quand on est à la tête de l’Etat, on croit toujours, même si on s’illusionne parfois, qu’on finira par rebondir et reconquérir l’opinion. La démission, pour un homme politique, a fortiori exerçant les plus hautes fonctions, est une extrémité inadmissible. Seuls l’épuisement ou la contrainte sous une forte pression l’y mènent éventuellement. En attendant, les leaders de l’opposition peuvent bien poser la question du départ de Hollande, c’est bon pour mobiliser leur électorat qui attend un tel discours. Mais, en leur for intérieur, ils savent, par expérience, que cela ne se produira pas. 

Cette situation serait-elle inédite dans l’histoire politique?

Le Président Mac Mahon a démissionné en 1877, après avoir dissout la Chambre, finalement poussé dehors par la nouvelle majorité républicaine qui refusait de gouverner avec lui. Alexandre Millerand fut dans la même situation en 1924. D’autres chefs de l’Etat ont démissionné sous la IIIe République: Jules Grévy, en 1887, emporté par un scandale, Jean Casimir-Périer, en 1895 (après 6 mois et 6 jours, par dépit), Paul Deschanel, en 1922 (pour des raisons de santé bien connues): mais, à l’époque, comme disait De Gaulle, les présidents « inauguraient les chrysanthèmes » [Et une rupture de confiance avec le peuple n’impactait pas aussi lourdement le pays que sous la VIe République]. Le Général, justement, est parti en 1969, désavoué par le peuple lors d’un référendum où il avait mis son mandat en jeu. Dans ces deux cas, le départ résulte de l’expression du suffrage universel [Et on comprend donc ce qui fonde l’aversion de Hollande pour le référendum]. Mais, malgré lui [suffrage universel], Mitterrand, à deux reprises (1986, 1993) et Chirac (1997) ont préféré la cohabitation à la démission [le socialiste avait choisi la stabilité contre le chaosrendant ainsi hommage à la Constitution de 1958…]. On se rappelle aussi qu’en 1968, De Gaulle avait écarté l’hypothèse de sa démission, préférant dissoudre l’Assemblée nationale, provoquer des législatives anticipées et, ainsi, poser la « question de confiance » au peuple français [et préférer le dialogue direct]

L’Express titre en une cette semaine, « Encore trois ans », tandis que Valeurs actuelles pose la question « Doit-il partir? » 

Ces Unes sont-elles le reflet d’une fragilité réelle du pouvoir ou contribue-t-elle à le déstabiliser?

Valeurs actuelles s’adresse à une clientèle de droite, tandis que L’Express vise un public plus large, mais les deux se rejoignent, simplement parce qu’ils traduisent l’air du temps. Je ne me lancerai pas dans la théorie de la poule et de l’œuf. La presse [Libération? Le Monde ?] évoque le départ de Hollande, parce que son impopularité bat des records et que, pour vendre, il ne faut jamais trop s’éloigner de ce que pensent ses lecteurs…Mais, du coup, répétée, reprise, l’idée du départ fait son chemin. La presse est généralement opportuniste et panurgienne. 

Le chrysanthème manque d’eau

Souvenons-nous de l’époque de Nicolas Sarkozy, d’abord porté aux nues, ensuite jeté aux orties. La mode est au Hollande-bashing, pratiqué jusqu’à l’intérieur du PS (au moins dans les couloirs). Si Hollande remonte, même timidement, dans les sondages, il n’est pas exclu que quelques magazines le trouvent soudain formidable et s’interrogent sur sa réélection, avec des titres, du genre: «Et s’il réussissait son pari?»… Ainsi va la presse.

François Hollande bat des records d’impopularité et ne dispose plus d’une majorité solide. Dans ses conditions, comment peut-il tenir? De quelles options politiques dispose-t-il encore?

Il n’a pas beaucoup d’options. Je ne crois guère à la dissolution. Elle pourrait être contrainte, si le désaveu des « rebelles » du PS se traduisait par un vote de défiance à l’Assemblée. Mais les députés du PS se feront-ils hara-kiri? Combien reviendraient au Palais-Bourbon? Les Verts, dont la plupart des députés le sont grâce au PS qui leur a laissé des circonscriptions, y perdraient toutes leurs plumes. 

Pour le sport, imaginons la dissolution surprise. Elle se fonderait sur un pari risqué: l’échec aux législatives, la cohabitation avec l’UMP [union nationale obligée, suggérée par BHL], l’usure de la nouvelle majorité et une nouvelle virginité politique dans l’opinion (à l’instar de Mitterrand et de Chirac) lui ouvrant les portes de la réélection en 2017. Franchement peu vraisemblable. Le plus évident pour Hollande, c’est de miser sur le retour de la croissance [ce qu’il n’a cessé de faire, dans les zig-zag d’une politique affolées par les vents contraires], dont les signes sont présents dans plusieurs pays d’Europe [nous assure-t-on, sans qu’elle se précise, ni en Allemagne, ni aux USA]. Son seul atout, c’est le temps, ces trois ans qui nous séparent de l’échéance présidentielle. C’est là-dessus qu’il mise.

François Hollande, s’il ne démissionne pas, a -t-il encore une chance d’être candidat à sa propre succession en 2017 ?

Valls éclipse Hollande dans les sondages
Tout président élu pour un premier mandat rêve d’en accomplir un second, tout en se gardant de le dire. Difficile pour le PS de lui contester une deuxième candidature [et c’est bien pourquoi les primaires sont une arme à double tranchant], sans provoquer une crise qui ferait resurgir brusquement le spectre de 2002. Cependant, le contexte jouera également. En cas d’impopularité forte, la presse testera d’autres noms [que Hollande situé à 15% par les …sympathisants socialistes] ceux de Valls [40%], Aubry [16%], Montebourg [3%] ou d’autres. Si les sondages le donnent perdant à coup sûr, alors qu’un socialiste pourrait l’emporter, une incroyable pression s’exercera sur lui, à laquelle il lui sera rude de résister.

La solution ne pourra venir que des oppositions. Ou de la rue !