Gassama est-il le véritable héros, au coeur d’un montage politicien ?

La scène du sauvetage héroïque suscite des interrogations, pire des soupçons.

blog -Malien sauve enfant en escaladant facade immeuble Paris18-27mai2018
Le voisin a le haut du corps (l’épaule droite) engagé vers le balcon contigu 

Le vaillant Mamoudou Gassama a sauvé un enfant de quatre ans suspendu dans le vide, samedi 26 mai à Paris, inspirant une perplexité certaine parmi des internautes qui ont exprimé ce que certains n’osent verbaliser pour remettre en cause la crédibilité de cette intervention troublante. Ou simplement poser les bonnes questions.

Le Français moyen y voit plusieurs bizarreries.

« Les deux voisins auraient pu attraper l’enfant »

7793567187_immeuble-max-dormoy-a-paris-ou-un-enfant-s-est-supendu-dans-le-videSur Twitter, certains estiment que les voisins, des adultes présents sur le balcon contigu, auraient pu intervenir en tendant juste le bras pour agripper le petit garçon. « Ils auraient parfaitement pu attraper l’enfant eux-mêmes, écrit un Twitter moyen. En ce cas, ne s’agit-il pas d’une mise en scène ? Alerte vigilance aux fake !« 

La presse d’Etat s’efforce de prouver que leurs lecteurs n’ont aucun bon sens, ni vécu. 

Pire, ils voient partout des complots.

blog -Mamoudou Gassama sauveteur de Raphael-mai2018Le voisin n’est pas présent au début de la vidéo, souligne l’auteur du démontage de complots. Il n’arrive que tardivement et donne la main à l’enfant, qui se rapproche de lui au fur et à mesure de la vidéo. « Le voisin, je l’ai vu une première fois, explique Dany Arthur, qui a donné l’alerte, à La 1ère guadeloupéenne, et qui serait donc digne de foi. Il n’avait pas compris qu’il y avait le petit juste à côté, suspendu, en danger. Je l’ai vu une deuxième fois, il a compris, j’ai insisté sur mes gestes. Puis j’ai vu Mamoudou passer et monter sur le bâtiment pour attraper le petit. » Ce qui prouve quoi ? LIEN

« Je n’ai pas réalisé tout de suite, j’étais encore un peu dans les vapes », confirme l’intéressé au Parisien. Dans les vapes, mais fiable ? Mais ses efforts étaient limités, en raison de l’architecture de l’immeuble. « Vu la configuration du balcon [séparé du sien par une paroi], je ne pouvais pas le hisser », assure-t-il. Un enfant de quatre ans ne pèse pourtant qu’une quinzaine de kilos… « Certains ne comprennent pas pourquoi je n’ai pas enjambé la balustrade, a-t-il ajouté auprès de BFM TV. Mais si je faisais cela, c’était lui lâcher la main et prendre le risque du pire, » se défend-il, sans convaincre quiconque. Sauf les organes de presse connus pour leur proximité avec le pouvoir en place.

L’enfant était un « mannequin »

Un avis balayé par la raillerie : la théorie du complot a cet intérêt-là. Un Français suspecte que ce sauvetage a été monté de toutes pièces par « une association militant pour les sans-papiers » et c’est a priori intolérable. Pour partager ses doutes, @eliko note que la manière dont Mamoudou Gassama se saisit de l’enfant laisse penser qu’il ne pesait pas aussi lourd que suggeré par le voisin et qu’il pourrait s’agir d’un mannequin.

Commentaire d\'un internaute envoyé dans le live de franceinfo.fr.
Commentaire d’un internaute envoyé dans le live de franceinfo.fr

La radio de service public explique que le poids moyen d’un enfant de 4 ans est inférieur à 20 kilos, ce qui représente un poids « raisonnable » à soulever, même  pour un homme de la condition physique de Mamoudou Gassama. Ce qui n’apparaît pas le moins du monde dans la video. D’autant que le jeune migrant de 22 ans a reconnu au Parisien qu’il était sportif. « Je joue au ballon, je cours, je vais en salle de sport », explique le travailleur au noir dans le BTP, un emploi facile… <br>Il semble par ailleurs évident au journaliste anonyme de France Info que l’enfant de quatre ans est un cascadeur chevronné : il a la conviction que l’enfant présumé n’est pas un mannequin puisqu’on voit la forme plus ou moins loin du voisin spectateur, puis acteur sur la vidéo.

<center><blockquote class= »twitter-tweet » data-lang= »fr »><p lang= »fr » dir= »ltr »>Si quelqu’un peut m’expliquer comment un enfant suspendu au dessus du vide par un bras plié…. peut se déplacer d’un mètre en quelques secondes ?? merci <a href= »https://twitter.com/hashtag/MamoudouGassama?src=hash&amp;ref_src=twsrc%5Etfw »>#MamoudouGassama</a&gt; <a href= »https://twitter.com/hashtag/balcon?src=hash&amp;ref_src=twsrc%5Etfw »>#balcon</a&gt; <a href= »https://t.co/lC5eurJ8tY »>pic.twitter.com/lC5eurJ8tY</a></p>&mdash; sac à puces (@catlinaja) <a href= »https://twitter.com/catlinaja/status/1001084616047038465?ref_src=twsrc%5Etfw »>28 mai 2018</a></blockquote>
https://platform.twitter.com/widgets.js</center>

« Comment peut-il tenir aussi longtemps ? »

Le bon sens veut qu’on se demande comment le petit garçon a pu tenir aussi longtemps, suspendu par les bras. Cette question est soulevée dans les commentaires choisis par France Info.

Commentaire publié par un internaute sous un article de franceinfo sur Mamoudou Gasamma.
Commentaire publié par un internaute sous un article de franceinfo sur Mamoudou Gasamma. (FRANCEINFO)

La radio de service public s’attaque volontiers aux réseaux sociaux qui disent ce qu’il ne faut pas. France Info ne sait pourtant pas toujours tout – ou a des filtres – et admet que l’enquête n’a pas déterminé exactement combien de temps l’enfant est resté agrippé et suspendu à la rambarde. Chacun sait pourtant que la position entravant la respiration n’est pas facile à tenir. Trois ou quatre minutes, selon RTL, et c’est long. Il n’a pas fallu 30 seconde au sauveteur pour escalader les quatre étages.

En revanche, le balcon est grillagé, ce qui lui a permis de poser le bout de ses pieds, rapporte la radio. Or, le garçonnet avait l’orteil en sang après s’être arraché un ongle dans sa chute depuis l’étage supérieur. « Il a eu un courage extraordinaire, explique le voisin à BFMTV. Il s’est accroché à la vie comme personne. » Le véritable héros serait donc plutôt cet enfant qui tombe d’un étage, se blesse, mais se rattrape néanmoins à la rambarde du dessous. Un enfant du cirque ?

Sur cette capture d\'écran de la vidéo du sauvetage, on peut apercevoir le petit garçon s\'aider de ses pieds et du grillage pour se maintenir.
s le voisin.

<br>Quelle conclusion tirer de cette prise de position du service public, sinon qu’il conforte la thèse officielle et il discrédite les contradicteurs.

Intervention d’urgence de la presse à la botte, tendant à dénigrer et faire taire les enquêteurs de fortune trop perspicaces.

Le père de Raphaël est connu, mais son identité dissimulée, et il a été arrêté : il était parti faire des courses et avait tardé à rentrer car il jouait à Pokémon Go.

La mère de l’enfant, qui vit à La Réunion, a été interrogée par Antenne Réunion. C’est la police judiciaire qui l’a informée de la situation, avant qu’elle ne voie la vidéo sur les réseaux sociaux ! Merci à eux… Elle a reconnu immédiatement son enfant : « C’est l’endroit, c’est l’adresse, c’est les habits« .

Macron critiqué pour la naturalisation de Mamoudou Gassama

Une « récupération éhontée » dénoncée par les associations

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Le Mali ne revendique pas l’héroïsme de son ressortissant, mais des associations se sentent …dépouillées !

« Reconnaissance » envers un « héros » ou « hypocrisie » politique ? La promesse de naturalisation française émise par Emmanuel Macron au Malien ayant sauvé la vie d’un enfant a été dénoncée par les associations d’aide aux migrants comme une « récupération » masquant mal « la dureté » de sa politique migratoire. « On a un sentiment général de récupération politique éhontée » et « d’utilisation d’un fait divers pour faire de la communication et de l’affichage« , a affirmé Jean-Claude Mas, le secrétaire général de la Cimade.

Un valeureux monte-en-l’air

Mamoudou Gassama, migrant malien de 22 ans arrivé clandestinement en France en septembre, s’est vu promettre une naturalisation expresse par le chef de l’Etat lors d’une rencontre lundi à l’Elysée. M. Gassama avait escaladé samedi la façade d’un immeuble parisien et sauvé un garçon de quatre ans suspendu à un balcon dans le vide. Un acte manifeste de bravoure, mais qui interpelle sur les circonstances exactes. 

Des associations polémiquent 

Si elles se félicitent de l’avenir qui s’éclaircit désormais pour le jeune clandestin, les associations n’en oublient pas pour autant le tour de vis sur l’immigration, selon elles, initié par le chef de l’État, qui avait fixé le cap dès septembre en estimant que « nous reconduisons beaucoup trop peu« « C’est une façon de donner le change et des gages, pour compenser une politique endurcie sur le contrôle, le tri et la reconduite à la frontière« , estime Jean-Claude Mas. Mais « cela pose beaucoup de questions quand on sait ce que fait ce gouvernement« , a-t-il insinué, évoquant le sort des migrants en situation irrégulière « pourchassés, maintenus dans la précarité, non-reconnus dans leurs droits ».

En octobre, Emmanuel Macron avait souhaité « que nous reconduisions de manière intraitable celles et ceux qui n’ont pas de titre » de séjour, ce qui englobe potentiellement une population nombreuse, le nombre de sans-papiers ayant récemment été estimé à 300.000 par le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb.

Or, ces sans-papiers jouent un rôle crucial dans des secteurs comme l’hôtellerie ou le bâtiment notamment, estiment les associations. Mamoudou Gassama travaillait d’ailleurs « au noir dans le bâtiment », avoue son frère.

Le « camp du bien » se sent floué

Y a-t-il « une part d’hypocrisie ou de cynisme » dans le geste du chef de l’Etat, s’interroge Claire Rodier du Gisti (Groupe d’information et de soutien des immigrés), en dénonçant « le contraste » avec une « politique répressive » qui « broie des dizaines de milliers de personnes ».

L’acte de bravoure du jeune Malien intervient quelques jours avant la présentation mercredi 30 en Commission des lois du Sénat du projet de loi sur l’asile et l’immigration, très contesté par les associations pour le durcissement de l’accès à la procédure d’asile et l’allongement de la rétention. Le texte avait donné lieu à des débats homériques à l’Assemblée. 

Ce fait en date du samedi 26 a été largement médiatisé comme il se doit, avec cette réserve que le président Macron s’est quelque peu précipité pour se porter sur le-devant de la scène en invitant le jeune héros à l’Elysée : la rencontre devait avoir lieu lundi 28 dans la plus grande discrétion, deux jours plus tard (avant que l’enquête ait même permis d’en savoir plus sur les faits et les protagonistes), mais les caméras de la presse étaient présentes…
Ensuite, mais probablement pas enfin, le gouvernement a déclenché une vaste opération d’évacuation de migrants clandestins mercredi 30 au petit matin. Un agenda et un tempo qui posent la question d’un possible montage politico- médiatique d’envergure tendant à démontrer que si Collomb est une « brute », Macron serait un « tendre ».

Lors de sa rencontre avec le jeune homme, visiblement dépassé par le tourbillon politique et médiatique suscité par son agilité à grimper à une façade d’immeuble, Emmanuel Macron a affirmé: « Vous êtes devenu un exemple car des millions de gens vous ont vu. C’est normal que la nation soit reconnaissante ». Mais il s’agit là d’une « décision exceptionnelle », a-t-il commenté. De l’importance d’être vu…

Le président s’ « achète à bon compte une image de bienveillance », s’agace Claire Rodier. Les critiques étaient également indignées sur les réseaux sociaux et dans la classe politique, le mouvement Génération.s de Benoît Hamon parlant de « sommet d’hypocrisie« , tandis que la sénatrice écologiste franco-turco-israélienne et antisioniste Esther Benbassa parlait de « com à l’état pur ».

Cet éloge d’un acte héroïque par un migrant malien, passé par la Libye et l’Italie, contribuera-t-il à apaiser le débat sur la question clandestin et travailleur au noir qui fait l’objet de nombreuses crispations? Claire Rodier n’hésite pas à occulter les actes de violences physiques et les abus sexuels, ainsi que les menaces sur l’ordre public, comme les risques sanitaires pour les riverains liés aux regroupements d’hommes clandestins organisés par les associations, rappelant que « ce n’est pas la première fois » que l’on assiste à ce genre d’histoires « qui se décline avec des variantes »…

Le 9 janvier 2015, Lassana Bathily, un demandeur d’asile malien, avait été naturalisé pour son ralliement au camp des habitués de l’HyperCacher qui l’employait, et avait caché une quinzaine de clients, dont un enfant et un nourrisson, dans le congélateur situé au sous-sol, lors de la prise d’otage djihadiste. Deux mois plus tard, Armando Curri, un Albanais de 19 ans désigné meilleur apprenti menuisier de France, avait été régularisé in extremis pour aller chercher sa décoration au Sénat. « A chaque fois, cela n’a pas déclenché un processus changeant le regard sur les sans-papiers« , raconte la responsable du Gisti. En octobre 2015, quand des orages violents s’abattirent sur les Alpes-Maritimes, notamment à Vallauris, près de Cannes, un employé au noir du BTP, Nizar Hasnaoui, un Tunisien en situation irrégulière, sauva sous ses fenêtres quatre personnes prisonnières de leurs voitures bloquées par les pluies torrentielles, et avec un ami,  les accueillit chez lui en attendant les secours. Onze mois plus tard, en septembre 2016, Nizar Hasnaoui obtint des papiers en règles.

« Humanitaire », mais partisane, la responsable du Gisti ne veut pas entendre parler de l’agression au couteau qui, quatorze jours plus tôt, le samedi 12 mai, a fait deux morts et quatre personnes blessées à Paris, du fait d’un migrant Tchétchène, criant ‘Allah Akbar’.

On a en avait beaucoup fait pour Théo. 
69832fb71079b77d969fd77b06fb0Le président Hollande avait trouvé le temps d’aller à son chevet, car on le disait outrageusement blessé, avec pénétration, par un policier à Bobigny. Son Premier ministre avait trouvé le temps de recevoir des soutiens de Théo. A-t-il reçu des membres du comité de soutien à Marin ?

marin2Marin, 20 ans, avait été frappé à mort sur le crâne à coups de béquilles pour avoir défendu un couple qui s’embrassait.  Aujourd’hui, au bout de trois semaines, il est sorti du coma, mais chaque effort lui demande une énergie considérable et ses nombreuses lésions annoncent une rééducation longue et compliquée. La presse parle peu de cette tragédie et de la page Facebook qui lui est consacrée :  « jesoutiensmarin ». Les journalistes qualifient ses agresseurs barbares de « jeunes »ou de « racailles » ordinaires. Les humanitaires de la Cimade et du Gisti ont-ils eu une pensée pour la courageuse victime ? Ce héros a pour seul défaut d’être originaire de Lyon.