La loi coranique est-elle incompatible avec les lois de la République ?

L’islam peut-il se défaire de sa dimension identitaire ?

Cette réflexion est menée par Marc Nacht, dans « Causeur ».
Deuil en fête. La France a vécu une journée mémorable le 11 janvier. Elle est devenue l’emblème mondial de la lutte contre l’islamisme barbare.

Le sang versé à Charlie Hebdo, celui des fonctionnaires et des policiers tués en service, et celui des Juifs assassinés dans l’Hyper Cacher de Vincennes, ne l’aurait pas été en vain.

Il n’est pourtant pas sûr que tous auraient goûté la présence de Mahmoud Abbas qui, il y a peu, saluait les auteurs d’attentats perpétrés en Israël ; des princes du Golfe et du représentant d’Erdogan parmi les invités de l’Élysée à cette grande communion, bien que le Hezbollah en fût absent. « Amalgame » un peu détonnant tout de même, pour reprendre ce mot qui ponctua les discours avec une insistance si remarquable.

« Pas d’amalgame » entre les musulmans et les assassins qui se réclamaient de l’islam.

Et ceci tellement répété qu’il n’était pas difficile d’y entendre une injonction conjuratoire.

Clin d’œil malicieux de la langue : le mot amalgame aurait pour origine l’expression arabe ‘amal al-djam’a  » œuvre de l’union charnelle« , d’après le Dictionnaire étymologique de la langue française de Bloch & Wartburg qui fait autorité.

Le terme « amalgame » doit-il s’appliquer, comme le fait le Conseil français du culte musulman (CFCM), à la cinquantaine d’actes d’intimidation visant des mosquées depuis les massacres du 11 janvier ? Ne s’agirait-il pas plutôt du délétère effet boomerang de la mise sous le boisseau de toute critique de l’islam et de ses exigences ? De l’abandon sournois des principes de la laïcité, de leur recul devant les accusations d’islamophobie ? Comme l’exprime Mezri Haddad, ancien ambassadeur de Tunisie à l’UNESCO, faisant le lien entre les « scènes de guerre » qui viennent de se produire et les « concessions » aux tenants de l’islam identitaire, holistique et totalitaire, au nom de la démocratie et de la tolérance républicaine (1) ?

La crainte de cette « union charnelle » entre les musulmans et les criminels ne pourrait se justifier que si un nombre important de musulmans épousait la thèse génocidaire des meurtriers affiliés aux groupes islamistes. Alors, en effet, la majorité des musulmans deviendrait suspecte et représenterait un grave danger pour la population, juive, chrétienne, « souchienne », laïque, ainsi que pour les résistants d’origine musulmane, croyants ou non.

L’ « amalgame » ainsi entendu, dont on nous rebat les oreilles, ne pourrait donc se produire que si, et seulement si, l’idéologie islamiste en venait à une telle diffusion — par le wahhabisme saoudien ou le salafisme qatari, importés en sus de nos fructueux échanges économiques avec ces pays — qu’elle contaminerait les musulmans de France au point de faire de ces derniers le cheval de Troie de l’islam conquérant.

Pur fantasme, me direz-vous. Sous nos latitudes en tout cas, à part quelques petites exceptions d’individus ayant mal tourné, les musulmans sont pacifistes et ne demandent qu’à vivre tranquillement. Il s’agit des pratiquants d’un islam « modéré », qui auraient définitivement biffé du Coran le devoir de guerre contre les infidèles, le petit djihad, où les fanatiques de Daesh et ceux d’Al-Qaïda trouvent leur inspiration.

Certes, on a pu célébrer ces assassinats par un feu d’artifice, comme ce fut le cas au soir du mercredi fatal près de Besançon ; certes, on a pu menacer son professeur de le « buter à la kalach » (Lille) ; certes on a pu, comme dans plusieurs collèges, notamment en Seine-Saint-Denis (80 % d’une classe élémentaire, rapporte Le Figaro), refuser d’observer la minute de silence requise, et j’en passe, ce ne sont là que des expressions marginales d’enfants influencés par ce qu’ils entendent autour d’eux ou comme le déclarait une élève « moi, ma mère m’a dit qu’ils l’avaient bien cherché« . Et ces débordements, qui ne sont pas nouveaux — comme on a pu entendre saluer Mohammed Merah — ne suscitent que de discrètes réprobations publiques de la part de la communauté musulmane à quelques exceptions près.

VOIR et ENTENDRE le débat de France 24, ce 18 janvier 2015, entre Zyad Limam (directeur d’Afrique magazine), Alain Frachon (éditorialiste au Monde), Yvan Rioufol (éditorialiste au Figaro) et Moustapha Tossa (rédacteur en chef adjoint à Monte Carlo Doualiya , sur « Islam et terrorisme : Hollande en guerre contre l’amalgame »:

[http://c.brightcove.com/services/viewer/federated_f9?isVid=1&isUI=1]

La mondialisation des idées et la terrifiante caisse de résonance d’Internet radicalisent pour nombre de musulmans les positions extrémistes où l’esprit de revanche contre l’Occident emboîte le pas au fanatisme religieux. « Gouverner au nom d’Allah (2) » devient alors le projet actif d’une revanche identitaire. Les jeunes en mal d’identité, comme le déclarait Boualem Sansal dans une interview à Jeune Afrique (18/12/2013),  » peuvent même se prendre pour des Che Guevara de l’islam. Ils se voient offrir des rêves extraordinaires, des rêves de paradis. Ils trouvent des frères en islam, voire des compagnons d’armes. C’est exaltant ».

Qui pourrait douter de la puissance de cette « union charnelle » dans notre monde dérisoire du marché des objets aussi envahissants que vite caduques ?

Qui pourrait douter qu’une Education nationale qui tremble, au nom du multiculturalisme, à enseigner l’Histoire et fractionne cette dernière en vignettes non chronologiques et en célébrations, prive en fait ses élèves du moindre recours pour la traversée de leur temps ?

On se trompe dans la mise en garde contre un « amalgame » conçu comme le produit d’une réaction simpliste d’étrangers à l’islam. Cet « amalgame », cette union faite d’un désir de mort dévorant les forces de vie, ne peut surgir que de l’islam lui-même tant qu’il sera aux prises avec ses contradictions face à la modernité.

1. Le Figaro du 10-11 janvier 2015, p. 16. ↩
2. Boualem Sansal, Hors série Connaissance Gallimard, 02013.

Mise en perspective proposée par PaSiDupes
Alors qu’il se trouvait au siège de l’ONU à New York pour un discours devant l’Assemblée générale, François Hollande a réagi à l’exécution de l’otage français Hervé Gourdel, décapité par ses ravisseurs en Algérie. Le Président parlait d’un « crime odieux » et déclarait que le guide français avait été assassinée « lâchement, cruellement et honteusement ». Le chef de l’Etat avait par ailleurs réaffirmé sa détermination et rappelé que « la France ne cédera jamais au terrorisme », ajoutant qu’il en allait de l’honneur du pays.

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